Bertrand Cantat

©Abaca, AV Press
Il arrive parfois que l'on aime un artiste, un peu moins l'homme qui se cache derrière. L'inverse est souvent plus rare. Comme Michael Jackson et d'autres, Bertrand Cantat a pour beaucoup marqué l'histoire de la musique, ici le rock français avec son groupe Noir Désir, mais sa vie personnelle s'est vue soudainement mise sous le feu des projecteurs, faisant de l'ombre à sa carrière musicale.

Tout avait pourtant bien commencé pour ce natif de Pau. Fils d'un ancien militaire et d'une institutrice devenue mère au foyer, Bertrand Lucien Bruno Cantat écoute certes peu de musique variée à la maison, le poste est souvent branché sur de la musique classique, du Brassens ou du Brel, mais développe une fine oreille musicale et une grande curiosité.

Élevé en Normandie, à Lillebonne puis à Pont-Audemer, il déménage à Bordeaux en 1980 avec sa famille, son frère aîné le photographe et écologiste Xavier et sa cadette Ann, également photographe. Inscrit au lycée privé de Saint-Genès, c'est dans cet établissement que l'adolescent va faire la rencontre de sa vie : celle de Serge Teyssot-Gray. Alors dans la même classe de seconde, les deux amis passionnés de musique fonde le groupe Psychoz, au côté d'un autre élève du lycée, Denis Barthe, qui prétend savoir jouer de la batterie mais apprendra finalement sur le tas. Quant à Bertrand, fasciné par les groupes MC5 et les Doors, il écrit ses propres textes depuis l'âge de 13 ans mais ne joue d'aucun instrument. Il sera le chanteur.

Psychoz se produit régulièrement dans des lieux branchés de Bordeaux comme Le Chat bleu ou le Luxor, avant d'assurer les premières parties de Strychnine, groupe-phare de la scène bordelaise. Dès 1980, les rockeurs se retrouvent sur la scène de la Fête de l'Humanité et remporte l'année suivante le tremplin rock Rockotone organisé par FR3. Mais le temps est à la cacophonie. Désormais appelé Noir Désir, le groupe perd deux de ses membres, Vincent Leriche et Serge Teyssot-Gay. Bertrand Cantat quitte également la formation en 1983, mais revient six mois plus tard, tout comme Serge Teyssot-Gay. Noir Désir restera ensuite stable pendant dix ans.

Le groupe va juste perdre la pluralité de ses "Désirs", sur une idée du producteur Philippe Constantin à qui il montre l'une de leurs démos par le biais de Theo Hakola du groupe Passion Fodder. Noir Désir peut alors poursuivre pleinement sa jeune carrière musicale dans le sillon du rock alternatif. Sur scène, Cantat, fan inconditionnel de Jim Morrison, le chanteur des Doors, copie son style, s'affichant dans des pantalons en cuir et des colliers indiens. Leur style fiévreux et pêchu tout comme leurs prestations scéniques habitées font d'eux le nouveau groupe à suivre. Et le raz-de-marée ne va pas tarder à toucher tout l'Hexagone.

Un premier mini-album, "Où veux-tu qu'je r'garde ?", sort en 1987 chez Barclay. Produit par Théo Hakola, le premier à leur avoir fait confiance, il passe quasi inaperçu contrairement à leur deuxième opus, "Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)", sorti en 1989 et vendu à 150 000 exemplaires. Aux sombres héros de l'amer, sous ses airs de chanson de marin avec ses notes d'harmonica, devient leur premier tube radiophonique et leur permet de faire une tournée nationale et internationale qui s'achève avec trois dates à L'Olympia en novembre 1989.

Le succès du morceau leur reste un peu en travers de la gorge car mal interprété à sa sortie : "Beaucoup de gens n'avaient compris que le premier degré du texte des "Sombres héros de l'amer", ils prenaient ça pour une chanson de marins, un truc à la Pogues, sans plus..." confiera Cantat bien plus tard. Pourtant, si ce tube leur paraît trop commercial, Noir Désir, influencé par des artistes venus de divers horizons, de Sonic Youth à Fugazi, en passant par Nick Cave, John Lennon, Georges Brassens et Léo Ferré, est déjà bien loin des bluettes d'Indochine et deTéléphone, proposant des textes engagés principalement contre la mondialisation capitaliste et le fascisme.

Résolument plus rock, leur album suivant "Du ciment sous les plaines" (1991), affiche volontairement une profonde noirceur pour prendre le contre-pied de l'opus précédent. Mais cet angle d'attaque, sûrement trop underground pour le public, fait baisser leurs ventes à 250 000 exemplaires et un seul single sortira, En route pour la joie. Sur la scène de Besançon c'est la route pour l'hôpital que prend Cantat, victime d'une syncope. Le leadeur coupe court à la promotion de l'album et s'éloigne du groupe pendant environ un an, déambulant au Mexique, à Cuba et au Guatemala.

De retour avec de nouveaux textes en tête, le rockeur à la boucle d'oreille enregistre en Angleterre l'album "Tostaky" (1992) écoulé à 350 000 exemplaires. Produit par Ted Niceley, producteur du premier album de Fugazi, Tostaky est la contraction argotique de "todo está aquí" en espagnol (littéralement "tout est ici"), l'un des slogans de ralliement des révolutionnaires mexicains d'Emiliano Zapata. Plus brut que les premiers albums, le son est ici nettement plus saturé, effet produit par l'omniprésence de la guitare de Serge Teyssot-Gay et ses riffs percutants.

Les allers-retours à l'hôpital continuent malheureusement pour Cantat, victime d'une polyope aux cordes vocales après l'enregistrement de leur album live "Dies irae" (1994). Le chanteur aurait trop forcé sur sa voix qu'il a tendance à malmener, poussant des cris profonds et déchirants trop régulièrement et ce sans préparation aucune. Cet accident de parcours, couplé aux divergences artistiques qui ...
éclate au sein du groupe après une tournée difficile tant physiquement que psychologiquement, mène à une nouvelle séparation, plus longue cette fois. Le bassiste Frédéric Vidalenc part définitivement et se voit remplacer en 1996 par Jean-Paul Roy.

L'album du retour, "666.6667 Club" (1997) cartonne dans les charts français et c'est à cette époque que les tubes virulents Un jour en France et L'Homme pressé, Victoire de la musique de la Chanson de l'année, assoient leur notoriété de groupe de rock franc du collier dont les textes font encore écho aujourd'hui. Un million de copies s'écouleront entre deux opérations des cordes vocales. L'année suivante, Noir Désir s'ouvre à d'autres horizons et publie un album de remixes, "One Trip/One Noise", en collaboration avec de jeunes DJ. Avec beaucoup de désir et davantage de désordres noirs, Noir Désir sort son dernier album en 2001, "Des Visages, Des Figures". Manu Chao, Brigitte Fontaine mais surtout le vent les porte très loin. En effet, le single Le vent nous portera, balade apaisée autour du sentiment de déception, bat des records (un million d'exemplaires et numéro trois des charts) et reçoit l'année suivante la Victoire de la musique de l'album rock de l'année.

Cette année-là, Cantat quitte Bordeaux, son groupe, ses amis, sa femme, l'Hongroise Krisztina Rady, et ses deux enfants pour rejoindre sa nouvelle compagne, l'actrice Marie Trintignant. Mais le bonheur sera de courte durée. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003, alors que le couple se trouve sur le tournage du téléfilm "Colette, une femme libre" à Vilnius en Lituanie, une violente dispute éclate. Le chanteur lui assène plusieurs coups, notamment au visage, qui la plongent dans un coma profond. Hospitalisée en urgence, la comédienne est ensuite rapatriée à Paris mais il est déjà trop tard. Marie Trintignant décède de ses blessures le 1er août 2003 à l'âge de 41 ans.

Désemparé, Bertrand Cantat débute une descente aux enfers, blessé à tout jamais par son geste malheureux. Le 29 mars 2004, la justice lituanienne le condamne à huit ans de prison pour meurtre commis en cas d'intention indirecte indéterminée. Tandis que lui purge sa peine, le groupe Noir Désir, sans pour autant faire de concerts, ne s'est toujours pas officiellement dissout. Le reste du groupe finalise même en 2006 un projet commencé en 2002 en publiant un double CD, "Noir Désir en public", et un double DVD, "Noir Désir en images", lauréat de la Victoire de la musique du DVD musical de l'année. Deux ans plus tard, le 12 novembre 2008, deux nouveaux morceaux sont diffusés gratuitement sur le site Internet du groupe, Gagnant/Perdant et une reprise du Temps des cerises.

Derrière les barreaux, son dossier avance. Le 15 octobre 2007, la liberté conditionnelle lui est accordée mais le répit est de nouveau de courte durée, son ex-femme et mère de ses deux enfants se suicidant par pendaison le 10 janvier 2010 chez elle, à Bordeaux, alors qu'il dort dans cette même maison. Mis hors de cause dans cette affaire, il se voit officiellement libre six mois plus tard après avoir purgé sa peine.

Quid de la musique ? Ne pouvant indéniablement vivre sans elle, elle qui ne cesse de lui sauver la peau, il revient en douceur sur scène, le 2 octobre 2010, à l'occasion du concert du groupe Eiffel au festival des Rendez-vous de Terres Neuves à Bègles. Le rockeur y interprète trois chansons en public, chose qu'il n'avait pas faite depuis huit ans. Son groupe ne survivra malheureusement pas au drame de Vilnius et à l'abattage médiatique l'ayant écrasé lui et ses proches. Le 30 novembre 2010, Noir Désir tire le rideau après les départs successifs de Serge Teyssot-Gay et de Denis Barthe. Leur dernière collaboration peut s'écouter sur l'album de reprises "Tels Alain Bashung", en 2011, sur lequel le groupe interprète le morceau Aucun Express.

Depuis, Bertrand Cantat tente tant bien que mal de se trouver une nouvelle place dans le petit monde de la musique. Entendu sur le déjanté Palabra mi amor des Shaka Ponk en 2011, il s'illustre l'année suivante sur Les Vergers, en duo avec Brigitte Fontaine, puis pousse sa voix sur six titres de l'album "Folila" du duo malien Amadou et Mariam.

À la rentrée 2013 c'est en solo, enfin presque, qu'il remonte sur scène. Accompagné à la contrebasse de Pascal Humbert, Bertrand Cantat chante Droit dans le soleil, premier single de son nouveau groupe Détroit. L'album acide et désabusé "Horizons", sort à l'automne et atteint la deuxième place des meilleures ventes en France. Le groupe se produit cinq fois à La Cigale au printemps 2014 et publie un CD et un DVD sur lequel les nostalgiques de Noir Désir peuvent entendre d'anciens titres du groupe. L'année suivante, Cantat participe à la bande originale du film de Bouli Lanners, "Les Premiers, les Derniers".

Discographie :

Avec Noir Désir

2001 : Des visages des figures
1996 : 666.667 Club
1992 : Tostaky
1991 : Du ciment sous les plaines
1989 : Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)
1987 : Où veux-tu qu'je r'garde ?

Avec Détroit

2013 : Horizons

Récompenses :

2006 : Victoire de la musique du DVD musical de l'année pour En images
2002 : Victoire de la musique de l'Album Rock de l'année pour Des Visages, Des Figures
2002 : Victoire de la musique du Vidéo-clip de l'année pour Le vent nous portera
1998 : Victoire de la musique du Groupe de l'année
1998 : Victoire de la musique de la Chanson de l'année pour L'homme pressé

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