Henri-Georges Clouzot

©Getty Images, Keystone-France/Gamma-Rapho
C'est une erreur de parcours qui le mènera au cinéma. Refusé à L'Ecole Navale de Brest pour sa myopie, il se dirige, poussé par ses parents, vers des études de droit et Sciences-Po pour embrasser une carrière de journaliste. Rédacteur à Paris-Midi, il bifurque finalement vers tout autre chose en entrant à la maison Osson, au sein de laquelle il va signer des adaptations, gérer des découpages et s'occuper des dialogues, notamment pour Jacques de Baroncelli, Carmine Gallone et Viktor Tourjansky. Il supervise ensuite les versions françaises des opérettes allemandes, portant sa casquette d'assistant-réalisateur entre les deux pays.

Le pied à l'étrier, Clouzot profite des débuts de la guerre et de l'absence de grands réalisateurs de l'époque (Jean Renoir, Julien Duvivier, René Clair...) exilés aux Etats-Unis, pour passer derrière la caméra. Cette première tentative donnera "L'Assassin habite au 21" (1942). Dans cette comédie policière, tournée pendant l'Occupation pour le compte de la société Continental-Films créée par Joseph Goebbels, le cinéaste y reforme le couple Pierre Fresnay/ Suzy Delair, qu'il avait vu joués dans "Le Dernier des six", de Georges Lacombe, scénario qu'il avait écrit l'année précédente.

Adapté d'un roman à succès de l'écrivain belge Stanislas-André Steeman, le film s'impose comme un savoureux Cluedo, une enquête jubilatoire à la recherche d'un assassin qui laisse sur ses victimes une ironique signature : Monsieur Durand. Tout le Paris s'affole, et surtout les clients de la pension Mimosas, qui voient débarquer l'inspecteur Wenceslas Wens (Pierre Fresnay), certain que le suspect se cache entre ses quatre murs.

Après ce coup de maître, le natif de Niort adapte en 1943 un fait divers survenu à Tulle dans les années 1920 avec "Le Corbeau". Mais dans ce climat d'Occupation allemande, la noirceur du film traitant du phénomène de délation qui va contaminer un petit village français passe très mal. S'en suit alors une période purgatoire pour le cinéaste, qui connaît des déboires judiciaires à la Libération, le Comité de moralisation du cinéma lui ayant obtenu une période d'interdiction de filmer. Interdit jusqu'en 1947, "Le Corbeau", bien que détesté des deux camps - Alfred Greven de la Continental Film détruira les décors avant la fin du tournage - apporte une notoriété non négligeable à Clouzot, qui s'est entre temps consolé en écrivant quatre pièces de théâtre.

Violemment défendu par des professionnels du cinéma français tels que le réalisateur Jacques Becker, les scénaristes Pierre Bost et Henri Jeanson, ce dernier écrivant un texte corrosif baptisé "Cocos contre Corbeau", dans lequel il défendait le film qu'il comparait à Zola et Mirabeau, Clouzot peut repasser derrière la caméra en 1947 avec le film policier "Quai des Orfèvres".

Pour les besoins de cette énième adaptation d'un roman de Stanislas-André Steeman après "Le Dernier des six" et "L'Assassin habite au 21", le réalisateur passe un mois dans les bureaux de la Police Judiciaire. Il couchera la trame du film rien qu'à l'aide de sa mémoire du livre, n'ouvrant plus aucune page dès lors. Il offre dans cette peinture de moeurs, jeu de piste fabuleux en hommage aux petites gens de cabaret, le dernier rôle de Suzy Delair, danseuse de music-hall qui en a sous le manteau.

Réputé sadique sur ses tournages, Georges Clouzot malmène ensuite la jeune actrice Cécile Aubry dans son film "Manon" (1949), film d'amour dans le climat trouble de la fin de l'Occupation transposé du roman "L'Histoire du Chevalier et des Grieux" de Manon Lescaut. Cette année-là, le réalisateur s'adonne à un film à sketches, "Retour à la vie", aux côtés d'André Cayatte, Georges Lampin et Jean Dréville. Lui qui a fait de la machination son thème privilégié, passe à tout autre chose en 1953 avec "Miquette et sa mère", une comédie vaudevillesque en costumes, loin du monde sombre et ambigu qu'il s'amuse à dépeindre habituellement dans son oeuvre.

Nouveau coup de maître en 1953 avec "Le Salaire de la peur", rare film à avoir été récompensé à la fois d'une Palme d'or (appelé Grand Prix à l'époque) et d'un Ours d'or, Clouzot impose ici Yves Montand comme un acteur solide, lui qui n'était acclamé alors uniquement dans le domaine musical. C'est un voyage ...
de noce au Brésil avec l'actrice Véra Clouzot qui lui inspirera cette adaptation d'un roman de Georges Arnaud, narrant la perdition de quatre européens échoués dans un village sordide du Guatemala. Sommet du cinéma français des années 1950, le film marque le dernier grand succès du réalisateur.

Deux ans plus tard, il fait de son épouse et de Simone Signoret, des femmes "Diaboliques" (1955), responsables du meurtre du mari (Paul Meurisse) de Christina (Véra Clouzot), directeur tyrannique d'un pensionnat pour garçon, qui lui mène la vie dure en s'affichant avec sa maîtresse Nicole Horner (Simone Signoret). Les deux femmes vont se liguer contre lui à leurs risques et périls. Adapté d'un roman de Boileau et Narcejac, Clouzot propose une nouvelle étude de la veulerie humaine. À noter que parmi les élèves du pensionnat, les cinéphiles les plus avertis auront pu remarquer la présence d'un certain Johnny Hallyday, qui fait là sa première apparition au cinéma.

Aussi à l'aise dans la fiction que dans le documentaire, il essaye avec "Le Mystère Picasso", d'en savoir davantage sur le peintre. Ne voulant à l'origine n'en faire qu'un court-métrage, lui qui a été marqué dès l'âge de 20 ans par les oeuvres du Minotaure en a décidé autrement lorsqu'il s'est retrouvé face au peintre. Lauréat du Grand Prix au Festival de Cannes, le documentaire a la particularité de ne jamais montrer Picasso mais son trait à l'envers de la Toile.

La suite de sa carrière ne sera constitué que d'échecs et de scandales, à l'image de ses débuts dans le milieu. Co-produit via sa société Vera Productions, le film d'espionnage "Les Espions" (1957) court à sa perte. Ce n'est pas mieux avec le film de procès "La Vérité", en 1960, dans lequel Brigitte Bardot incarne une fille jugée facile, accusée du meurtre de l'un de ses amants. Désirant avec de rôle dramatique, casser- en trois long mois de tournage - le mythe Bardot, il va plutôt réussir à briser l'actrice, qui fera une tentative de suicide peu de temps avant la sortie du film qui, sûrement aidé par les unes de la presse à scandale qui mettait le doigt sur les fortes ressemblances entre les personnages du film et la réalité, remporte l'Oscar du meilleur film étranger. Paul Meurisse déclarera après le film : "Je ne tournerai plus avec Clouzot. C'est un monstre.".

Dans les années 1960, après avoir abandonné la réalisation de sa grande oeuvre que devrait être "L'Enfer", qui sera finalement repris par Claude Chabrol en 1994, il tourne une série de cinq films pour la télévision sur le travail d'Herbert von Karajan. Dépassé par l'émergence de la Nouvelle Vague qui démodait son cinéma dit classique, il réalise son dernier film en 1968, "La Prisonnière".

Terrassé par une crise cardiaque le 12 janvier 1977 dans le 17ème arrondissement de Paris, Henri-Georges Clouzot aura marqué le cinéma d'après-guerre par son oeuvre noire et réaliste dans laquelle il décrivait mieux que quiconque l'ambigüité morale de l'âme humaine. Encore aujourd'hui, le cinéaste est comparé à son alter ego anglais, Alfred Hitchcock, s'amusant comme lui donner des sueurs froides à son public.

Filmographie :
1968 : La Prisonnière
1967 : Grands chefs d'orchestre
1960 : La Vérité
1957 : Les Espions
1956 : Le Mystère Picasso
1955 : Les Diaboliques
1953 : Le Salaire de la peur
1950 : Miquette et sa mère
1949 : Retour à la vie
1949 : Manon
1947 : Quai des Orfèvres
1943 : Le Corbeau
1942 : L'assassin habite au 21
Récompenses :
1960 : Meilleur réalisateur au Grand prix du cinéma français pour La Vérité
1956 : Prix du Jury au Festival de Cannes pour Le Mystère Picasso
1955 : Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film étranger pour Les Diaboliques
1955 : Prix Louis-Delluc pour Les Diaboliques
1953 : BAFTA du meilleur film pour Le Salaire de la peur
1953 : Prix Méliès pour Le Salaire de la peur
1953 : Grand prix au Festival de Cannes pour Le Salaire de la peur
1953 : Ours d'or au Festival de Berlin pour Le Salaire de la peur
1949 : Prix Méliès pour Manon
1949 : Lion d'or à la Mostra de Venise pour Manon
1947 : Meilleur réalisateur à la Mostra de Venise pour Quai des Orfèvres

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