Keziah Jones

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Olufemi Sanyaolu, de son vrai nom, grandit dans une famille aisée de la plus grande ville du pays - et d'Afrique. Son père, un chef yoruba (ethnie dominante de la région) qui a fait fortune après l'Indépendance grâce à sa compagnie d'électricité, rêve naturellement du meilleur pour ses enfants. Aussi envoie-t-il son petit, tout juste âgé de 8 ans, dans un pensionnat à Londres. Un choc culturel qui marque terriblement le gamin, mais forgera son caractère comme ses influences, multi-culturelles, puisées entre l'Afrique et l'Occident.

Celui qui se fera appeler Keziah Jones cite ainsi le grand Fela Kuti, roi de l'afrobeat nigérian, comme les légendes américaines Jimi Hendrix et Miles Davis parmi ses idoles. C'est par ailleurs après un concert de James Brown - son premier, ayant longtemps été confiné aux quatre murs des écoles privées britanniques - que l'étudiant en économie et droit décide de se consacrer entièrement à la musique. Il se souviendra plus tard, lors d'un entretien auprès de Trendy, magazine tendances de L'Étudiant : "C'était énorme. Sa musique a toujours été présente dans ma vie. J'adorais son bassiste Bootsy Collins. J'ai découvert qu'il jouait aussi avec Funkadelic de George Clinton. Et de là, va savoir comment, j'ai bifurqué sur Frank Zappa. Ces gars avaient une façon de vivre, un concept, un look, une pensée qu'ils exprimaient au travers de leur univers musical. Ils ont prouvé qu'une idée pouvait changer la vie. La leur, mais aussi celle des autres. Moi, ça a changé la mienne."

Le jeune homme de 18 ans plaque tout, quitte l'uniforme pour un look à la fois soigné et extravagant, avec déjà un large chapeau à demi vissé sur la tête, et commence à arpenter le métro londonien avec sa guitare. Il traverse bientôt la Manche et découvre Paris, dont il tombe instantanément amoureux. Keziah Jones troque alors l'underground anglais pour les couloirs sous-terrains français : c'est dans le métro parisien, entre Châtelet et Saint-Michel, qu'il se fait remarquer par le directeur artistique de la maison de disque Delabel. Ce dernier lui offre un contrat en 1992. L'année suivante, le Nigérian débarque dans les bacs avec "Blufunk Is a Fact!"

Le chanteur et musicien, auteur-compositeur, impose d'entrée de jeu son style flamboyant et même un tout nouveau genre musical qu'il décrit ainsi à Rue 89 : "La performance rythmique yoruba sur une guitare acoustique espagnole. Du funk post-colonial. Quelque chose comme de la musique africaine avec des éléments de la musique de la diaspora, ...
jazz, funk et blues. Je l'appelle le blufunk." Porté par le titre Rhythm Is Love, son plus connu encore à ce jour, le premier essai de l'artiste est déjà un succès dans l'Hexagone. S'en suivront "African Space Craft" (1995), l'opus sans doute le plus rock de sa discographie, l'expérimental "Liquid Sunshine" (1999), puis l'hommage à Fela Kuti - qu'il avait rencontré en 1996, un an avant sa mort - "Black Orpheus" (2003).

La musique de Keziah Jones se développe ainsi au fil du temps, explore de nouveaux horizons et se perfectionne. "Je pense avoir évolué comme musicien mais aussi comme être humain. Les thèmes que j'aborde sont plus profonds, j'évoque beaucoup plus les relations intimes. Ma musique est devenue plus sophistiquée, mieux produite aussi, ma technique est meilleure", concède-t-il en effet au micro de France 3 lorsque sort son quatrième opus "Nigerian Wood" (2008). Alors que le chanteur et musicien retourne dans le métro parisien le temps de quelques concerts gratuits pour en faire la promotion, l'album devient son plus grand succès commercial, investissant la quatrième place des charts français.

Après avoir navigué entre Londres, Paris et New York, Keziah Jones revient vivre à Lagos en 2011. Deux ans plus tard sort "Captain Rugged", nouvel avatar d'Olufemi Sanyaolu. Le CD est accompagné d'un roman graphique - dont il est l'auteur, avec un certain Native Maqari en illustrateur - pour présenter le "capitaine robuste", véritable super-héros africain. "J'ai nourri ce personnage durant ces dix dernières années - cette affaire de super-héros est une satire du pouvoir, de la politique et de la magie (la religion yoruba ayant largement inspiré le culte vaudou, ndlr.)", explique ainsi l'artiste à The Guardian. Musicalement, il parle d'Afronewave, mot-valise des termes "afro" et "new wave", par ailleurs nom du premier titre de l'album. Ou bien de "George Clinton partageant un joint avec Fela", selon sa propre métaphore énoncée auprès du quotidien britannique.

Alors qu'il continue d'arpenter les scènes musicales du globe, Keziah Jones fait par ailleurs ses premiers pas au cinéma en 2015, pour "L'Échappée belle " d'Émilie Cherpitel. Il incarne John, une rock-star forcément, amant d'Eva, la protagoniste principale incarnée par Clotilde Hesme. Le film ne fait toutefois pas grand bruit... Et c'est dorénavant dans les bacs, plutôt que dans les salles obscures, que les fans espèrent retrouver prochainement le génie du blufunk.

Discographie :

2013 : Captain Rugged
2008 : Nigerian Wood
2003 : Black Orpheus
1999 : Liquid Sunshine
1995 : African Space Craft
1992 : Blufunk Is a Fact!

Filmographie :

2015 : L'Échappée belle, d'Émilie Cherpitel

Ses derniers films

Tous ses films

L'Echappée Belle

drame
sortie le 17 juin 2015
L'Echappée Belle
 
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