Louis de Funès

©Getty Images, Reporters Associes
Le comble avec ce fils d'immigrés andalous c'est qu'avant de vivre du rire, c'est à cause de lui qu'il se fait renvoyer de tous ses postes. Alors qu'il travaille comme apprenti fourreur après avoir fréquenté l'école professionnelle de fourrure de Bastille, il est mis à la porte pour avoir joué des tours à une cliente. Leader de la bande, c'est évidemment lui qui prend le premier pour les autres. Déjà à l'école, Louis de Funès de Galarza collectionnait les punitions.

Par chance, une autre maison de couture l'engage comme arpète, chargé d'effectuer les livraisons et de réaliser des tâches peu reluisantes. Tour à tour dessinateur industriel dans une usine automobile, classeur, aide-comptable et étalagiste pendant cinq ans, il connait mille métiers mille misères comme le dit l'expression. Des petites vadrouilles qui ne s'arrêtent pas là puisqu'après s'être fait payer une poignée de cours de musique par sa mère, Louis devient pianiste de bar, notamment du côté de Pigalle.

Dans l'ombre de bistrots, restaurants et bars pas toujours bien fréquentés, il s'assoit derrière son piano et joue des heures. Le dernier lieu dans lequel il se produit le paye 1 000 francs et le nourri pour jouer sans interruption de 5h30 du matin à 17h30 du soir. Un jour alors qu'il rentre vanné de l'une de ses représentations, il croise la route de sa bonne étoile sur un quai de métro en la personne de Daniel Gélin. Ce dernier, alors comédien de théâtre et de cinéma très sollicité, lui transmet le virus de la comédie.

Mais le succès est tardif. Ne récoltant que des rôles de figurants pendant près de vingt-cinq ans, il ouvre une porte dans le film La "Tentation de Barbizon" en 1946 et dit deux mots ("Ma veste") dans la pièce de théâtre "Un tramway nommé désir" à la fin des années 1940. Mais lui qui a déjà mangé de la vache enragé dans les premières années de sa vie professionnelle, décide de persévérer. Une décision qui, sans le savoir, va avoir un impact, dès les années 1950, sur le cinéma comique français.

Comme ses idoles du cinéma muet américain - Buster Keaton et Charlie Chaplin en tête - à qui il va emprunter une certaine gestuelle et des mimiques entrées dans l'histoire, Louis de Funès, alors âgé de 30 ans, rencontre ses premiers succès au milieu des années 1950 avec les comédies "Ah ! les belles bacchantes" (1954), de Jean Loubignac et "La Traversée de Paris" (1956), de Claude Autant-Lara où il est l'épicier Jambier aux côtés de Jean Gabin et Bourvil.

Avec ce dernier, le trublion va former un duo incroyable et devenir l'un des premiers acteurs comiques français à être synonyme de recettes pharamineuses au box-office. Bourvil et De Funès rapportent gros surtout dans "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury, avec ses 17 267 000 spectateurs et sa pole position en tête du box-office français pendant 32 ans. Dans cette comédie sortie en 1966, ils parviennent tout deux à faire rire aux éclats le public sur un sujet qui ne s'y prête pourtant pas : l'Occupation allemande. Pourtant vécue comme un traumatisme par les Français de l'époque, cette phase de l'Histoire devient ici complètement cartoonesque. Le duo s'était déjà illustré avec brio l'année précédente dans "Le Corniaud", toujours réalisé par Gérard Oury, dans lequel son personnage de riche industriel et sa Rolls croisait un Français moyen à bord de sa 2CV sur la route de ses vacances en Italie.

Ce rôle de brave Français de la classe moyenne, Louis de Funès ne le connaîtra que trop bien dans les années qui suivent, jusqu'à en faire sa marque de fabrique. Dans la saga "Les Gendarmes", parodie de l'uniforme beige et noir, il se glisse par exemple dans la peau du maréchal des logis-chef Ludovic Crucho, n'hésitant pas à hurler sur son équipe - et sa femme à l'écran Josépha Crucho incarnée par Claude Gensac - composée notamment de l'inoubliable adjudant Antoine Gerber campé par Michel Galabru. La trilogie "Fantômas", avec Jean Marais, lui donne également l'occasion de porter l'uniforme, celui du commissaire Paul Juve. Ces rôles de figures autoritaires ne feront qu'accroître la popularité de son personnage de petit homme nerveux passant son temps à se plaindre et à se dépêtrer d'aventures complètement folles faisant rire des générations entières.

Le voilà le talent de ce comique des comiques, allergique aux drames et amateur de vaudevilles : s'associer à des productions que les enfants puissent voir. "Je voudrais jouer des films qui fassent rire les gens comme s'ils étaient à Guignol (...) Et non pas des films ou des pièces pensées, sérieuses, qui ne me conviennent pas même si j'aime bien les voir" confiait-il dans une interview en 1964. Et en prenant du galon en tant qu'acteur de cinéma, notamment en jouant aux côtés de Coluche dans "Le Grand Restaurant" en 1966, il fait par la suite en sorte de collaborer avec des réalisateurs capables d'exaucer ses voeux. Ils étaient trois à comprendre sa mécanique du rire : Gérard Oury bien sûr, mais également Édouard Molinaro, qui l'a fait jouer dans "Oscar", ce succès théâtral devenu culte au cinéma notamment grâce à ses mimiques mémorables à la Tex Avery et enfin Jean Girault, le cinéaste qui l'aura fait tourner dans onze films au total ("Les Gendarmes", "Pouic-Pouic", "Faites sauter la banque", "L'Avare"...). C'est d'ailleurs ce dernier qui lui donnera en 1981 l'un de ses derniers rôles inoubliables du paysan Le Glaude dans "La Soupe aux choux" avec Jacques Villeret.

Cette mécanique du rire qui l'a rendu si célèbre a aussi servi à des fins plus engagés comme dans "Les Aventures de Rabbi Jacob", en 1973, un film antiraciste tourné avec son ami juif et agnostique Gérard Oury. Dans la peau de Victor Pivert, patron d'usine catholique et bourgeois qui va se retrouver tous poils dehors avec une kippa sur la tête, De Funès est au sommet de son art populaire. Un art qu'il cultivait en observant les gens au quotidien, reprenant leurs tics et leurs manies à sa sauce.

Et si beaucoup connaissaient sur le bout des doigts ses personnages qui résonnent encore aujourd'hui dans la mémoire cinéphile collective, peu connaissaient l'homme derrière le clown. À la maison avec ses deux enfants et sa dernière femme, Jeanne Barthélémy de Maupassant, le rire s'invitait peu souvent à table. Grand timide et peu à l'aise lorsqu'il s'agissait d'évoquer sa vie privée en interview, cet économe - qui préférait cultiver les roses de son jardin plutôt que d'aller faire la fête avec ses équipes de tournage - avait dans l'intimité un caractère ombrageux fait de moments d'éclaircies et de moments nuageux. A la fin des années 1980, l'homme, taciturne à la vie, est victime de problèmes cardiaques. Le jardinage l'aidera à reprendre goût à la vie. Et le cinéma bien sûr !

En 2014, Louis de Funès aurait eu 100 ans. Lui qui confiait vouloir faire un film entièrement muet n'aura pas eu ...
le temps de faire rire en silence. Le silence, c'est d'ailleurs peut-être ce qui attend le musée qui lui est consacré. Installé depuis l'été 2014 dans le château de Clermont au Cellier, en Loire-Atlantique, cette bâtisse que possédaient ses parents pourrait bien avoir son clap de fin à la fin de l'année 2016. En effet, l'association qui gérait le musée jusqu'à présent ne détient pas les murs, murs que la propriétaire des lieux souhaite vendre. Une pétition circule pour que ce lieu de mémoire, où a vécu Louis de Funès à la fin de sa vie avant de mourir d'une crise cardiaque en 1983, continue de figer son rire immortel.
Filmographie :
1982 : Le Gendarme et les Gendarmettes, de Jean Girault et Tony Aboyantz
1981 : La Soupe aux choux, de Jean Girault
1980 : L'Avare, de Jean Girault et Louis de Funès
1979 : Le Gendarme et les Extra-terrestres, de Jean Girault
1978 : La Zizanie, de Claude Zidi
1976 : L'Aile ou la Cuisse, de Claude Zidi
1973 : Les Aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury
1971 : Sur un arbre perché, de Serge Korber
1971 : Jo, de Jean Girault
1971 : La Folie des grandeurs, de Gérard Oury
1970 : L'Homme orchestre, de Serge Korber
1970 : Le Gendarme en balade, de Jean Girault
1969 : Hibernatus, d'Édouard Molinaro
1968 : Le Petit Baigneur, de Robert Dhéry
1968 : Le Tatoué, de Denys de La Patellière
1968 : Le gendarme se marie, de Jean Girault
1967 : Fantômas contre Scotland Yard, d'André Hunebelle
1967 : Les Grandes Vacances, de Jean Girault
1967 : Oscar, d'Édouard Molinaro
1966 : Le Grand Restaurant, de Jacques Besnard
1966 : La Grande Vadrouille, de Gérard Oury
1965 : Le Corniaud, de Gérard Oury
1965 : Le Gendarme à New York, de Jean Girault
1965 : Fantômas se déchaîne, d'André Hunebelle

1964 : Des pissenlits par la racine, de Georges Lautner
1964 : Une souris chez les hommes ou Un drôle de caïd, de Jacques Poitrenaud
1964 : Le Gendarme de Saint-Tropez, de Jean Girault
1964 : Fantômas, d'André Hunebelle
1964 : Faites sauter la banque !, de Jean Girault
1963 : Les Veinards, sketch Le Gros Lot, de Jack Pinoteau
1963 : Pouic-Pouic, de Jean Girault
1963 : Carambolages, de Marcel Bluwal
1962 : La Vendetta, de Jean Chérasse
1962 : Le Gentleman d'Epsom, de Gilles Grangier
1962 : Nous irons à Deauville, de Francis Rigaud
1961 : Le Capitaine Fracasse, de Pierre Gaspard-Huit
1961 : La Belle Américaine, de Robert Dhéry
1961 : Dans l'eau qui fait des bulles, ou Le garde-champêtre mène l'enquête, de Maurice Delbez
1960 : Certains l'aiment froide, de Jean Bastia
1960 : Les Tortillards, de Jean Bastia
1960 : Candide ou l'Optimisme au XXe siècle, de Norbert Carbonnaux
1959 : Fripouillard et Cie, de Steno
1959 : Un coup fumant ou Toto à Madrid, de Steno
1959 : Mon pote le gitan, de François Gir
1958 : Ni vu... Ni connu..., d'Yves Robert
1958 : Taxi, Roulotte et Corrida, d'André Hunebelle
1958 : La Vie à deux, de Clément Duhour

1957 : Comme un cheveu sur la soupe, de Maurice Regamey
1956 : La Traversée de Paris, de Claude Autant-Lara
1956 : La Bande à papa, de Guy Lefranc
1956 : Bonjour sourire, de Claude Sautet
1956 : Bébés à gogo, de Paul Mesnier
1956 : La Loi des rues, de Ralph Habib
1956 : Courte Tête, de Norbert Carbonnaux
1956 : Papa, maman, ma femme et moi, de Jean-Paul Le Chanois
1955 : Napoléon, de Sacha Guitry
1955 : Ingrid : Die Geschichte eines Fotomodells, de Géza von Radványi
1955 : L'Impossible Monsieur Pipelet, d'André Hunebelle
1955 : Les Hussards, d'Alex Joffé
1955 : Si Paris nous était conté, de Sacha Guitry
1955 : Frou-Frou, d'Augusto Genina
1954 : Le Blé en herbe, de Claude Autant-Lara
1954 : Le Chevalier de la nuit, de Robert Darène
1954 : Les Corsaires du bois de Boulogne, de Norbert Carbonnaux
1954 : Les hommes ne pensent qu'à ça, d'Yves Robert
1954 : Les Intrigantes, d'Henri Decoin
1954 : Mam'zlle Nitouche, d'Yves Allégret
1954 : Le Mouton à cinq pattes, d'Henri Verneuil
1954 : Papa, maman, la bonne et moi, de Jean-Paul Le Chanois
1954 : Les pépées font la loi, de Raoul André
1954 : La Reine Margot, de Jean Dréville
1954 : Scènes de ménage, d'André Berthomieu

1954 : Tourments, de Jacques Daniel-Norman
1954 : Ah ! les belles bacchantes, de Jean Loubignac
1954 : Les Impures, de Pierre Chevalier
1953 : Week-end à Paris, de Gordon Parry
1953 : Les Compagnes de la nuit, de Ralph Habib
1953 : La Vie d'un honnête homme, de Sacha Guitry
1953 : L'Étrange Désir de monsieur Bard, de Géza von Radványi
1953 : Dortoir des grandes, d'Henri Decoin
1953 : Au diable la vertu, de Jean Laviron
1953 : Légère et court vêtue, de Jean Laviron
1953 : Capitaine Pantoufle, de Guy Lefranc
1953 : Le Secret d'Hélène Marimon, d'Henri Calef
1953 : Faites-moi confiance, de Gilles Grangier
1953 : Mon frangin du Sénégal, de Guy Lacourt
1953 : Poisson d'avril, de Gilles Grangier
1952 : Ils étaient cinq, de Jack Pinoteau
1952 : Les Dents longues, de Daniel Gélin
1952 : Agence matrimoniale, de Jean-Paul Le Chanois
1952 : La Fugue de monsieur Perle, de Pierre Gaspard-Huit
1952 : Elle et moi, de Guy Lefranc
1952 : Je l'ai été trois fois, de Sacha Guitry
1952 : Monsieur Taxi, d'André Hunebelle
1952 : Monsieur Leguignon lampiste, de Maurice Labr
1952 : Moineaux de Paris, de Maurice Cloche
1952 : L'amour n'est pas un péché, de Claude Cariven

1952 : La Putain respectueuse, de Charles Brabant et Marcello Pagliero
1952 : La Tournée des grands ducs, d'André Pellenc et Norbert Carbonnaux
1952 : Tambour battant, de Georges Combret
1951 : Knock, de Guy Lefranc
1951 : Folie douce, de Jean-Paul Paulin
1951 : Édouard et Caroline, de Jacques Becker
1951 : La Rose rouge, de Marcello Pagliero
1951 : Sans laisser d'adresse, de Jean-Paul Le Chanois
1951 : La vie est un jeu, de Raymond Leboursier
1951 : La Passante, d'Henri Calef
1951 : La Poison, de Sacha Guitry
1951 : Pas de vacances pour Monsieur le Maire, de Maurice Labro
1951 : Le Dindon, de Claude Barma
1951 : Ma femme est formidable, d'André Hunebelle
1951 : Les loups chassent la nuit, de Bernard Borderie
1951 : Le Voyage en Amérique, d'Henri Lavorel
1950 : Quai de Grenelle, d'Emil-Edwin Reinert
1950 : Le Roi du bla bla bla, de Maurice Labro
1950 : Boniface somnambule, de Maurice Labro
1950 : La Rue sans loi, de Claude Dolbert et Marcel Gibaud
1950 : L'Amant de paille, de Gilles Grangier
1950 : Bibi Fricotin, de Marcel Blistène
1949 : Du Guesclin, de Bernard de Latour
1949 : Rendez-vous avec la chance, d'Emil-Edwin Reinert
1949 : Je n'aime que toi, de Pierre Montazel
1949 : Mission à Tanger, d'André Hunebelle

1949 : Vient de paraître, de Jacques Houssin
1949 : Au revoir monsieur Grock, de Pierre Billon
1949 : Adémaï au poteau-frontière, de Paul Colline
1949 : Mon ami Sainfoin, de Marc-Gilbert Sauvajon
1949 : Millionnaires d'un jour, d'André Hunebelle
1949 : Pas de week-end pour notre amour, de Pierre Montazel
1949 : Un certain monsieur, d'Yves Ciampi
1949 : Le Jugement de Dieu, de Raymond Bernard
1949 : Rendez-vous de Juillet, de Jacques Becker
1948 : Croisière pour l'inconnu, de Pierre Montazel
1947 : Six heures à perdre, d'Alex Joffé et Jean Lévitte
1947 : Antoine et Antoinette, de Jacques Becker
1947 : Le Château de la dernière chance, de Jean-Paul Paulin
1946 : La Tentation de Barbizon, de Jean Stelli
1946 : Dernier Refuge, de Marc Maurette

Récompense :

1980 : César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière




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