Martin Provost

©Getty Images, Jason Kempin/Getty Images for Unifrance
Néanmoins, il faut attendre 1980 pour qu'il monte sa première pièce de théâtre, "Le Voyage Immobile". Il entre ensuite comme pensionnaire à la Comédie Française pour six ans et en 1989, poursuit sa percée d'acteur de cinéma en jouant dans "Pentimiento" de Tony Marshall. Apparu également chez Nelly Kaplan dans "Nea" et Claude Zidi dans "La Zizanie", Martin Provost observe beaucoup ses collaborateurs sur les plateaux de tournage.

En 1992, "Les Poupées", sa seconde pièce de théâtre, a l'honneur de se jouer à Avignon puis à Paris. Mais cette décennie sera surtout marquée par son premier roman, "Aime-moi vite" (1992) chez Flammarion, et son passage derrière la caméra en 1997 pour "Tortilla y cinema", l'histoire d'une équipe de tournage qui squatte un immeuble du 16e arrondissement de Paris inoccupé pour tourner un premier film. Hommage au plaisir de faire du cinéma, il évoque aussi dans cette comédie avec Michel Aumont et Carmen Maura, les difficultés rencontrées pour parvenir à réaliser un film.

Chanceux, c'est même un deuxième film qu'il va réussir à signer. Dans Le comédie débridée "Le Ventre de Juliette", filmée en 2003 dans les rues de la cité phocéenne, Martin Provost manifeste déjà un attrait tout particulier pour les héroïnes de cinéma. Sa première héroïne à lui s'appelle Juliette (Julie-Marie Parmentier). Enceinte, elle n'a que 20 ans lorsque son ventre s'arrondit. Abandonnée par le père de cet enfant, qui n'est visiblement pas prêt à assumer son rôle, la jeune maman va découvrir les facettes d'un entourage qui lui mène la vie dure pendant sa grossesse, chacun y mettant du sien pour récupérer le bébé.

Les contours de son univers dessiné, le cinéaste breton s'ouvre au registre dramatique et plus particulièrement au biopic, tout en continuant de braquer sa caméra sur les femmes. Après la super-héroïne du quotidien Juliette, place à "Séraphine" (2008), nom de la célèbre peintre naïve dont il retrace le parcours à une certaine période de sa vie : lorsqu'elle a tissé, à Senlis pendant la Première Guerre mondiale, une relation avec le collectionneur allemand Wilhelm Uhde.

Pour interpréter cette femme de ménage reconvertie en peintre et tout aussi marginale que l'homme chez qui elle travaille comme aide-ménagère, la comédienne Yolande Moreau a dû notamment s'entraîner à la peinture chez elle. Peignant surtout des fruits (des pommes !), elle s'est également exercée aux chants religieux. Une préparation qui a payé, le film décrochant sept César dont celui de meilleur film et de meilleure actrice.

La médiatisation est telle que les tableaux de Séraphine regagnent les musées, presque soixante-dix ans après sa disparition. Mais qui dit notoriété dit jalousie. Le docteur en histoire de l'art et spécialiste de Séraphine, Alain Vircondelet, a intenté un procès au réalisateur et au scénariste du film, Marc Abdelnour, accusés tout deux de plagier sa thèse de doctorat qu'il lui avait consacrée au milieu des années 1980. Si le film n'a finalement pas été interdit, le duo a dû lui verser plus de 50 000 euros.

Après Séraphine, la productrice Julie Salvadori lui offre l'opportunité de porter le livre "Mauvaise pente" de Keith Ridgway à l'écran. Prix du premier roman étranger, le livre ne lui était pas inconnu puisqu'il l'avait découvert à sa sortie en 2001. À l'époque rassuré que les droits d'adaptation aient déjà été acquis tant l'histoire l'avait épouvanté et bouleversé, il ...
saisit cette fois-ci l'opportunité de parler de cette femme de la campagne wallonne, Rose, qui va assassiner son mari, violent et alcoolique, pour retrouver sa liberté. Ne jugeant plus l'attitude du fils de cette dernière, qui a quitté le foyer familial à ses 16 ans et qui lui en veut toujours, Martin Provost peut enfin adapter cette histoire avec du recul. Pour le rôle de Rose, il choisit de nouveau Yolande Moreau, vedette de son précédent film, mais prend du retard dans l'écriture. Il lui faudra non pas trois semaines comme il pensait, mais un an. "Où va la nuit" sort en salles en mai 2011 et séduit là seulement 120 000 curieux quand "Séraphine" en avait attiré plus de 840 000.

Peu importe, Martin Provost garde confiance et s'attèle à une nouvelle figure féminine qui a été, comme Séraphine, une femme d'avant-garde sans le savoir : l'écrivaine Violette Leduc. C'est en travaillant sur "Séraphine" qu'il la découvre. En effet, parmi ses ouvrages marquant se trouve un écrit à travers duquel elle évoque la signification des peintures de Séraphine. De recherches en recherches, le cinéaste découvre que cette Violette a été la première femme à parler ouvertement du plaisir féminin et de l'avortement.

Amie de Simone de Beauvoir, qui la surnommait la femme laide, Violette Leduc a bravé les interdits à une époque où il était impensable de raconter de façon si organique et intense ce que peut éprouver la femme pendant l'acte sexuel. Il n'en fallait donc pas moins pour que Martin Provost s'intéresse au parcours de "Violette" (2013), qu'il filme de la guerre de 1940 à la sortie de son ouvrage majeur, "La Bâtarde". Et pour camper le rôle de cette femme au physique peu flatteur, le réalisateur choisit Emmanuelel Devos à laquelle il fait porter une prothèse nasale. Le biopic reçoit une nomination aux Magritte du cinéma mais rencontre un échec cuisant en salles (135 167 entrées).

La route jusqu'au prochain film va être plus longue mais trouve son aboutissement en mars 2017, date de sortie de "Sage femme". Dans ce nouveau portrait féminin pluriel, Martin Provost fait porter la blouse de sage-femme à Catherine Frot qui, déjà angoissée par la fermeture prochaine de sa maternité, va tomber sur l'ancienne maîtresse (Catherine Deneuve) de son père défunt. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce sera la première fois que les deux actrices françaises tourneront ensemble au cinéma.

Filmographie :

Acteur

2002 : 20, avenue Parmentier, de Christophe Jeauffroy
1989 : Pentimento, de Tonie Marshall
1988 : Alice, de Gabriel Benattar
1988 : Les cinq dernières minutes (Série TV)
1985 : L'histoire en marche : Les prisonnières, de Jean-Louis Lorenzi (Téléfilm)
1981 : Histoires de voyous : Opération Primevère (Téléfilm collectif)
1981 : Pause-café, pause tendresse (Série TV)
1980 : Les héritiers (Série TV)
1980 : Tarendol, de Louis Grospierre (Téléfilm)
1978 : Messieurs les ronds de cuir, de Daniel Ceccaldi (Téléfilm)
1978 : Le devoir de français, de Jean-Pierre Blanc (Téléfilm)
1978 : La zizanie, de Claude Zidi
1977 : Banlieue Sud-Est (Série TV)
1977 : Au plaisir de Dieu (Série TV)
1977 : Les folies Offenbach (Série TV)
1977 : Les enquête du commissaire Maigret (Série TV)
1976 : Nea, de Nelly Kaplan

Réalisateur

2017 : Sage femme
2013 : Violette
2011 : Où va la nuit
2008 : Séraphine
2003 : Le ventre de Juliette
1997 : Tortilla y cinema

Récompense :

2009 : Césars du meilleur film et du meilleur scénario pour "Séraphine"

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