Stephen King

©Getty Images, John Lamparski
Dans son oeuvre, Stephen King ne parle que de ce qu'il connaît. Du moins ce à quoi son imagination fleuve lui donne accès. Le Maine d'abord, cet État rural où il a vu le jour le 21 septembre 1947. Un État qu'il va fantasmer dans ses romans. Il fantasmera également cette figure paternelle qu'il n'a jamais connue. Son père, un marin qui a pris les voiles à sa naissance le laissant seul avec sa mère et son frère, Stephen King le remplacera par des personnages de vieux sage ou de gaillard sympathique.

Contrainte de déménager régulièrement car leur situation financière bat de l'aile, la famille King vit chichement mais les enfants ne manqueront jamais un repas. La littérature va faire son entrée très tôt dans la vie de Stephen. Un passe-temps qui l'emporte loin des soucis du quotidien, le fait voyager dans des univers divers et variés. Amateur de romans et de bandes dessinées, il a toujours un livre dans la poche et une feuille de papier sous la main pour laisser couler l'encre de son imagination. Dès 6 ans, il écrit sa première histoire et reçoit 25 cents de la main de sa mère en signe d'encouragement, ce qui le pousse à continuer dans sa lancée. Sept ans plus tard, "I Was a Teen-Age Grave-Robber", l'une de ses histoires cachées au fond de son tiroir d'enfant prodige, est pour la première fois publiée dans un fanzine d'horreur.

Dans les couloirs de la Lisbon High School, au début des années 1960, il rejoint le journal du lycée et en devient rapidement le rédacteur en chef. Entretenant sa plume en publiant régulièrement des chroniques dans des magazines américains (le Lisbon falls en tête) - mais en enchaînant les lettres de refus de la part des éditeurs −, il se spécialise naturellement en littérature à l'Université du Maine, qu'il fréquente de 1966 à 1971. À sa sortie de la faculté, il vit des années de disette avec sa femme Tabitha, tous deux recroquevillés dans une caravane. Même en vendant ses premières nouvelles, l'auteur ne parvient pas à vivre de son art. Embauché dans une blanchisserie industrielle, il lave les draps des motels pour subvenir aux besoins de sa femme, puis de ses enfants.

Le père de famille débute l'écriture de ce qui deviendra son premier roman dès 1973. Alors professeur à l'université, il n'est pas satisfait de ses brouillons qu'il jette dans la poubelle de leur caravane. Écrivant plus par besoin d'argent que par amour de l'écriture dans un premier temps, Stephen King redémarre de zéro son histoire d'horreur. Mais c'était sans compter sur sa femme, qui sauve littéralement de la poubelle les centaines de pages parties aux oubliettes. Grâce à ce geste, l'écrivain va retravailler son texte et parvenir à convaincre un éditeur.

En 1973, paraît alors chez Doubleday son premier roman, "Carrie", pour lequel il reçoit un chèque de 400 000 dollars. Lui qui en touchait 64 000 par an comme professeur, ne réfléchit pas bien longtemps avant d'accepter la somme et tout ce que cela implique derrière : fini le quotidien dans la caravane, les fins de mois difficiles et les courses poursuites avec les éditeurs. La réception du livre, boostée par le film de De Palma trois ans plus tard, sa sortie en format poche et le Grand Prix d'Avoriaz, est telle que Stephen King peut se consacrer à plein temps à l'écriture. En France, le roman ne sort qu'en 1976 chez Gallimard.

Déjà dans "Carrie", avec sa petite fille martyrisée par ses copains de classe, mais dotée d'un don de télékinésie redoutable capable de semer la destruction à volonté, l'écrivain pose les premières pierres de ce que sera son style que l'on peut décrire de naturaliste. En effet, au-delà de se positionner comme un écrivain de genre, ce qui est plutôt réducteur au vue de la qualité de ses oeuvres, Stephen King est à classer du côté des écrivains réalistes. Situant toujours ses intrigues dans une banalité de tous les jours et un environnement familier, il y fait contre toute attente surgir le fantastique et l'horreur. L'équilibre se voit alors rompu par un démon extérieur impossible à maîtriser.

Les romans suivants, "Salem" (1975), rapidement adapté à la télévision par Tobe Hooper et surtout "Shining" (1977), l'imposent comme un écrivain majeur dans le registre du fantastique. Dans le premier, un écrivain retourne dans sa ville natale et y fait la connaissance d'un vampire ayant élu domicile chez lui, dans le second, une famille s'installe dans un hôtel au passé macabre et à l'avenir pas moins paisible. Cette histoire est remâchée par Stanley Kubrick en 1980, avec un Jack Nicholson inoubliable en père de famille fou, mais cette adaptation ne plaît pas à l'auteur qui déclare, en revanche, s'être retrouvé face à un film d'horreur efficace.
Évoquant avec ses lecteurs des créatures invraisemblables, des vampires aux loups garous en passant par les fantômes, il parvient, à leur faire croire en leur existence. Une prouesse littéraire réitérée à chacun de ses romans, appuyée par des procédés d'écriture récurrents : les italiques (les lettres de son nom sur la couverture de ses livres en disent long), les multiples sauts de ligne ou encore les paragraphes. Il donnera d'ailleurs quelques clés pour les écrivains en herbe dans son manuel "Écriture : Mémoires d'un métier" (2002) : "Les paragraphes sont aussi importants sur le plan visuel que sur le plan significatif : ils sont les signes de l'intention (...) La description commence dans l'imagination de l'auteur, mais doit finir dans celle du lecteur de manière à ce qu'il frémisse de reconnaissance."

Dans les années 1980, le maître de l'épouvante continue d'accélérer le pouls de son lectorat, d'abord en prenant le pseudonyme Richard Bachman, sous lequel il publie six livres avant de se faire démasquer. En livrant ensuite les premiers tomes de sa saga "La Tour sombre", une ...
fresque de 4 000 pages mêlant western et fantaisie, s'étalent sur plus de trente ans. Puis en sortant les romans d'envergure "Christine" (1983), "Misery" (1987) et "Ça" (1988), tous trois adaptés au cinéma : la voiture diabolique par John Carpenter, la lectrice psychopathe prenant en otage son auteur préféré par Rob Reiner et le clown oppressant une bande de gamins dans un téléfilm piloté par Tommy Lee Wallace. L'enfant, tout comme la figure paternelle et celle de l'écrivain, est un personnage cyclique chez King (Danny et son don de médium dans "Shining", la troupe de "Ça", Duddits l'enfant trisomique de "Dreamcatcher"...). L'occasion pour lui de faire appel aux peurs enfantines les plus enfouies de son auditoire : la mort dans "Simetierre", l'apocalypse suite à une pandémie de grippe dans "Le Fléau", une créature dévastatrice qui prend l'apparence d'un clown dans "Ça".

Trahis et malmenés, les enfants de l'univers de King perdent rapidement leur innocence, car confrontés à des créatures extérieures qu'ils ne maîtrisent pas, mais aussi aux vices et à la folie des hommes. On pense à l'abus d'alcool notamment (de Jack de "Shining", de Jefferson dans "La Tour sombre", de Danny du "Docteur Sleep"), dont King lui-même a été dépendant avec la drogue pendant près de trente-cinq ans. Devenu sobre au milieu des années 1980, sa vie privée et professionnelle va être de nouveau chamboulée le 20 juin 1999. Ce jour-là, grièvement blessé par une camionnette qui l'a fauché, il est hospitalisé de nombreuses semaines. Il achètera d'ailleurs ladite camionnette pour la réduire en miettes à coup de masse.

Cette convalescence aura du positif sur son travail puisque sort en 1999 le roman de science-fiction "Dreamcatcher", dont la quasi-totalité a été écrite à l'hôpital. Comme s'il avait ouvert les yeux sur sa condition de mortel, il se remet rapidement au travail et se montre plus productif que jamais : "La Tempête du siècle" (1999), "La petite fille qui aimait Tom Gordon" (id.), "The Plant" (2000), "Un Tour sur le bolide" (2001), "Coeurs perdues en Atlantide" (id.). L'accident le convainc également de mettre un terme à sa saga "La Tour Sombre", terminée en 2005, lui qui ne pensait jamais l'achever. À cette époque, Frank Darabont adapte au cinéma "Les évadés" (1994) et "La Ligne verte" (1999) avec Tom Hanks : deux succès au box-office qui ne font qu'éclairer de nouveau le talent du raconteur d'histoires.

Depuis, parmi la pluie de récompenses qu'il a déjà reçue, l'auteur est récompensé en 2003 du National Book Award pour l'ensemble de son oeuvre. Dix ans plus tard, pourtant très rare dans les médias, il vient pour la première fois à la rencontre de son public français à l'occasion de la sortie de "Docteur Sleep", la suite des aventures de Danny Torrance. Cette année-là, Stephen King co-signe également le scénario de la série "Under the Dome", adaptée de son roman du même nom sorti en 2009. Annulée au bout de trois saisons, l'intrigue nous projette au coeur d'une ville bloquée sous un dôme qui va bouleverser l'ordre régi.

Flirtant avec la politique, la série comme le film nous rappelle que les textes de l'Américain ont parfois eu une dimension sociale et ancrés dans l'actualité comme dans "Dolores Claiborne" (1993), radiographie d'une vieille garce, par le biais de laquelle il évoquait les violences faites aux femmes et les conditions de vie de la classe moyenne. Dans "22/11/63" (2013), il proposait également une vision très critique de son pays natal, racontant le temps d'une histoire celle d'un homme voyageant dans le temps pour éviter l'assassinat de JFK.

Enfin, on le sait beaucoup moins mais Stephen King, auteur discret revendiquant son statut d'homme normal vivant tranquillement avec sa femme dans le Maine, a réalisé un film en1986, "Maximum Overdrive", qui a été un véritable échec commercial. On ne peut en dire autant de ses 150 nouvelles, 400 essais et sa soixantaine de romans qui ont fait de lui l'un des plus grands romanciers contemporains. Le King du fantastique.

Récompenses :


2016 : Prix Shirley Jackson du meilleur recueil de nouvelles pour Le Bazar des mauvais rêves
2016 : Prix Edgar-Allan-Poe de la meilleure nouvelle pour Obits
2015 : Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur roman pour Mr. Mercedes
2014 : Prix Bram Stoker du meilleur roman pour Docteur Sleep
2012 : Los Angeles Times Book Prize du meilleur thriller pour 22/11/63
2011 : Prix British Fantasy du meilleur recueil de nouvelles pour Nuit noire, étoiles mortes
2011 : Prix Bram Stoker du meilleur recueil de nouvelles pour Nuit noire, étoiles mortes
2010 : Prix Shirley Jacskon de la meilleure nouvelle longue pour Morality
2009 : Prix Bram Stoker du meilleur roman pour Duma Key et du meilleur recueil de nouvelles pour Juste avant le crépuscule
2007 : Prix Edgar-Allan-Poe pour l'ensemble de sa carrière
2007 : Prix Bram Stoker du meilleur roman pour Histoire de Lisey
2005 : Prix British Fantasy du meilleur roman pour La Tour sombre
2003 : National Book Award pour l'ensemble de sa carrière
2003 : Prix Bram Stoker pour l'ensemble de sa carrière
2001 : Prix Bram Stoker du meilleur livre non-fictif Ecriture : Mémoires d'un métier
1999 : Prix Bram Stoker du meilleur roman pour Sac d'os
1997 : Grand prix de l'Imaginaire du meilleur essai pour Anatomie de l'horreur
1997 : Prix Bram Stoker du meilleur roman pour La Ligne verte
1996 : Prix Bram Stoker de la meilleure nouvelle longue pour Déjeuner au Gotham Café
1991 : Prix Bram Stoker du meilleur recueil de nouvelles pour Minuit 2 / Minuit 4
1988 : Prix Bram Stoker du meilleur roman pour Misery
1987 : Prix British Fantasy du meilleur roman pour Ca
1986 : Prix Locus du meilleur recueil de nouvelles pour Brume
1983 : Prix British Fantasy de la meilleure nouvelle pour La Méthode respiratoire
1982 : Prix World Fantasy de la meilleure nouvelle pour Le Chenal
1982 : Prix British Fantasy du meilleur roman pour Cujo
1980 : Prix Balrog du meilleur recueil de nouvelles pour Danse macabre

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