Bunny Wailer

Bunny Wailer©Getty Images, Clayton Call

Celui que l'on connaîtra sous le nom de Bunny Livingston, ou Bunny Wailer, grandit dans la communauté rurale de Nine Miles où son père rencontre la mère d'un certain Bob Marley. Les deux enfants grandissent ensemble, comme des frères, déménageant à Kingston à leur adolescence. Si la vie dans le quartier de Trench Town n'est pas tous les jours facile, eux s'évadent grâce à la musique. Ils côtoient notamment un de leurs voisins, le musicien Joe Higgs, de quelques années leur aîné. C'est lors de sessions tutorielles organisées à l'improviste dans le jardin de ce dernier qu'ils rencontrent un dénommé Peter Tosh. Le fameux trio des Wailers est né.

Les jeunes hommes, méconnaissables dans leurs costumes et coiffures (cheveux courts) bien soignés, rencontrent un premier succès avec le single Simmer Down en 1964. Deux ans plus tard, l'album "The Wailing Wailers" confirme leur talent, mais le trio ne récupère aucun bénéfice de tubes comme Rude Boy. Après avoir fait bande à part pendant un temps - quelques mois durant lesquels Bunny Wailer se voit emprisonné pour possession de marijuana - les trois amis reviennent sur les devants de la scène en tant que Rastafaris convertis, avec un nouveau style musical : le reggae.

Le groupe ne tarde pas à renouer avec le succès, devenant même un véritable phénomène en Jamaïque et bientôt à l'international, avec des tubes comme Stir It Up, Trench Town Rock, ou encore I Shot The Sheriff, rendu populaire par une reprise signée Eric Clapton en 1974. Le trio se lance alors dans des tournées de plus en plus importantes, sur des distances de plus en plus longues. Mais c'en est de trop pour Bunny Wailer qui, après avoir voyagé jusqu'au Royaume-Uni, refuse de participer à la tournée américaine prévue dans la foulée. Alors que lui préfère rester dans sa Jamaïque natale, Peter Tosh vient mettre un terme définitif aux Wailers en claquant la porte en 1973.

Chacun suit donc son propre chemin, celui de Bunny Wailer passant par la création de son propre label, Solomonic - un adjectif anglais pour qualifier une grande sagesse. Le chanteur et auteur-compositeur publiera sur celui-ci la majorité de ses travaux, à commencer par un premier single solo intitulé Searching for Love en 1973. S'en suivent quatre autres l'année suivante, dont le fameux Pass It On, puis l'apparition dans les bacs de "Blackheart Man" en 1976, premier album solo pour lequel l'artiste jamaïcain n'a pas pu s'empêcher d'inviter ses anciens acolytes des Wailers. Porté par deux nouveaux singles, Battering Down Sentence et le célèbre Rasta Man, l'opus est acclamé comme un véritable chef-d'oeuvre.

Celui-ci, ni les prochains, ne parviennent toutefois à rencontrer le même succès que ceux de Peter Tosh, et encore moins Bob Marley. Aussi le chanteur décide-t-il de revenir à la source : il reprend en 1980 les tubes qui ont fait la gloire du trio dans l'album "Bunny Wailer Sings the Wailers". Lorsque le leader de l'ancienne formation meurt des suites d'un cancer, quelques mois plus tard, son ami lui rend hommage avec "Tribute to the Hon Nesta Marley". À travers ... ces nouvelles reprises, Bunny Wailer montre son souhait le plus grand qu'est de faire perdurer la mémoire du groupe qui les a tous rendus célèbres.

Mais le chanteur ne fait pas que languir dans le passé, s'aventurant même dans la musique de la nouvelle génération avec un album dancehall, "Rock'n'Groove", sorti en 1981. S'il ne maîtrise toutefois pas encore le genre, il s'y reprendra à quelques reprises au fil des années, alternant avec des opus plus traditionnels de roots reaggae. D'aucun ne rencontrent toutefois un grand succès, et c'est finalement sur scène que l'artiste fera toute sa notoriété. Alors qu'il n'y était pas monté depuis une réunion des Wailers en 1975, Bunny Wailer donne un concert phénoménal à Kingston à la fin de l'année 1982, immortalisé dans un "Live Album" (1983) anthologique. Alors qu'en studio il tente encore tant bien que mal de s'adapter aux nouveaux courants musicaux, l'artiste se résoud finalement à mettre un pas en dehors de la Jamaïque : treize ans après celle qui l'avait fait quitter son groupe, Bunny Wailer entame en 1986 une tournée... aux États-Unis.

Fort du succès de cette dernière, il revient l'année suivante dans les bacs avec deux albums dancehall, "Rootsman Skanking" et "Rule Dance Hall", cette fois bien accueillis. Mais c'est en revenant à un son roots qu'il reçoit les plus beaux éloges avec "Liberation" (1989). S'en suit un nouvel opus en hommage à son ami d'enfance, "Time Will Tell : A Tribute to Bob Marley" (1990), qui lui vaut le Grammy Award du Meilleur album reggae. Bunny Wailer remportera quelques années plus tard deux autres de ces prestigieuses statuettes, pour "Crucial! Roots Classics" (1995) puis de nouvelles reprises dans "Hall of Fame : A Tribute to Bob Marley's 50th Anniversary" (1996).

Le chanteur délaisse par la suite les studios pour s'impliquer davantage dans la vie politique de son pays, fondant même son propre parti, United Progressive Party (UPP). Ce n'est finalement qu'en 2000 qu'il se remet à la musique, diffusant une poignée de nouveaux albums dans la première décennie du nouveau millénaire. Si son rythme ralentit, l'artiste de près de soixante-dix ans n'est pour autant pas prêt à prendre sa retraite. En témoignent un impressionnant double-album de cinquante titres inédits, "Reincarnated Souls" en 2013, puis une nouvelle tournée événement aux États-Unis en 2016, à l'occasion des 40 ans de son premier album solo et l'un de ses plus grands chefs-d'oeuvre, "Blackheart Man".

Discographie :

2013 : Reincarnated Souls
2009 : Cross Culture
2007 : Rub-A-Dub
2003 : World Peace
2000 : Communication
1996 : Hall Of Fame : A Tribute to Bob Marley's 50th Anniversary
1993 : Just Be Nice
1992 : Dance Massive
1911 : The Never Ending Wailers
1990 : Gumption
1990 : Time Will Tell : A Tribute to Bob Marley
1989 : Liberation
1987 : Rule Dance Hall
1987 : Rootsman Skanking
1985 : Marketplace
1983 : Roots Radics Rockers Reggae
1982 : Hook Line & Sinker
1981 : Tribute
1981 : Rock'n'Groove
1980 : Bunny Wailer Sings the Wailers
1979 : In I Father's House
1978 : Struggle
1977 : Protest
1976 : Blackheart Man

Avec les Wailers :

1973 : Burnin'
1972 : Catch A Fire
1971 : Soul Revolution Part II
1970 : Soul Rebels
1966 : The Wailing Wailers

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