Cat Stevens

Cat Stevens©Abaca, Douliery Olivier

Ce cadet de trois enfants, d'un père grec et d'une mère suédoise, grandit au coeur du quartier théâtral londonien de West End, dans un petit appartement de la Shaftsbury Avenue au-dessus du restaurant familial. Élevé à la fois dans la religion orthodoxe, à la maison, et dans la religion catholique, à l'école, le petit développe vite un goût pour la musique folk, qu'elle soit grecque, britannique ou américaine. À ses 15 ans, ce fan des Beatles qui s'est déjà formé au piano convainc son père de lui acheter une guitare. Il commence alors à composer ses propres morceaux.

En 1964, l'élève de 16 ans de l'Hammersmith Art College fait ses débuts sur scène dans un bar local dénommé le Black Horse. L'année suivante, il signe un contrat de parolier et commence déjà à se faire connaître, sous le nom de Cat Stevens, grâce à un tube vendu pour la modique somme de 40 dollars à la chanteuse soul P. P. Arnold : The First Cut is the Deepest, qui sera repris par des artistes aussi célèbres que Rod Stewart et Sheryl Crow. Repéré par un producteur dénommé Mike Hurst, le jeune prodige signe chez Decca Records à tout juste 18 ans. Son premier album, "Matthew and Son" (1967), porté par le single I Love My Dog, se hisse en deuxième position du classement britannique.

Cat Stevens fait d'emblée sensation, notamment auprès d'un jeune public. Mais alors que son label espère fidéliser cette audience, lui rêve de projets plus sérieux. Après un deuxième album, "New Masters" (1967) passé largement inaperçu, si ce n'est pour sa propre reprise de The First Cut is the Deepest, le jeune artiste refréné dans son ambition par ses producteurs noie sa peine dans l'alcool et sombre dans la dépression. Son état de santé commence alors à décliner, jusqu'en 1968 où il se voit hospitalisé pour la tuberculose. Durant plus d'un an de convalescence, celui qui s'était habitué à la débauche revoit son mode de vie et travaille sur un nouvel opus.

Après avoir signé auprès de Island Records, Cat Stevens revient dans les bacs en 1970 avec "Mona Bone Jackson", lequel reçoit un accueil critique des plus chaleureux. Mais c'est avec le suivant, "Tea for the Tillerman", diffusé la même année, qu'il rencontre son premier vrai succès outre-Atlantique. Porté par son célèbre Wild Word, celui-ci entre dans le Top 10 américain, se voit certifié disque d'or, et relance son prédécesseur, avec notamment le titre Lady D'Arbanville qui fait également un carton aux États-Unis. Le chanteur britannique renforce son statut de vedette internationale dès l'année suivante avec "Teaser and the Firecat" (1971), qui entre en troisième position des charts grâce à des titres comme Peace Train, Morning Has Broken et Moonshadow. S'il ne produit pas de nouveaux tubes, son successeur "Catch Bull at Four" (1972) reste pour sa part trois semaines à la tête du classement Billboard.

Depuis le début des années 1970, chaque album de Cat Stevens - presque un par an - reçoit ainsi la certification disque d'or. Lui, parti s'exiler au Brésil, reverse une grande partie des gains à quelques organismes de charité comme l'Unesco. Or plus l'artiste fait dans le conceptuel - avec "Foreigner", déjà, en 1973, puis surtout "Numbers" en 1975 - plus son succès s'essouffle. Fortement encouragé, si ce n'est obligé, par son label à revenir à un son plus pop, le chanteur britannique retrouve les louanges des critiques avec "Izitso" en 1977. Mais alors qu'elle vient de prouver qu'elle est encore une valeur sûre, la star internationale tire sa révérence.

Après avoir eu une révélation en réchappant de justesse d'une noyade, le jeune homme de 29 ans, profondément marqué par une copie du Coran offerte en cadeau d'anniversaire par son frère, se convertit à l'Islam. Cat Stevens n'est plus : il prend dès lors le nom de Yusuf Islam et tourne le dos à l'industrie musicale, revendant même ses (nombreux) disques d'or aux enchères. L'année suivante, A&M Records diffuse "Back to Earth" (1978), réalisé à partir de titres précédemment enregistrés. Mais l'album rencontre un succès mitigé et le chanteur poursuit son chemin religieux : il épouse Fawziah Ali, avec qui il aura bientôt cinq enfants, fonde une école musulmane dans les environs de Londres et ... se fait largement oublier jusqu'à la fin des années 1980.

En 1987, 10,000 Maniacs reprend Peace Train. L'année suivante, Maxi Priest entre dans le Top 10 britannique grâce à sa version reggae de Wild World. Mais Yusuf Islam vient couper court à la renaissance de Cat Stevens en 1989, lorsqu'il fait l'objet d'une controverse concernant l'écrivain Salman Rushdie, auteur des "Versets sataniques" interprétés par certaines figures muslmanes comme un blasphème. Accusé d'avoir soutenu sa peine de mort, l'ancien chanteur se défend en disant avoir été mal compris. Reste que sa musique se voit retirée des ondes américaines et, lui, blacklisté de l'industrie musicale.

Aussi fonde-t-il au milieu des années 1990 son propre label, Mountain of Light, via lequel il se met à sortir des albums religieux, à la fois de spoken word et de chansons éducatives sur le Coran. Véritable philanthrope, il fonde par ailleurs l'association Small Kindness pour venir en aide notamment aux enfants durant le conflit des Balkans. Or ses efforts ne parviennent à redorer son image... L'ancienne star des années 1970 se voit même interdire l'entrée aux États-Unis à la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001, qu'il a pourtant condamnées avec fermeté.

C'est néanmoins peu après que Cat Stevens, toujours sous le nom de Yusuf, revient sur les devants de la scène musicale (non-religieuse). En 2004, il s'associe au chanteur pop irlandais Ronan Keating pour revisiter sa chanson Father and Son, tirée de l'album "Tea for the Tillerman" qui lui avait permis de percer dans le pays de l'Oncle Sam quelque 34 ans auparavant. Après quoi l'Agence des Nations unies pour les réfugiés l'invite à chanter The Little Ones lors d'un concert de charité organisé en soutien aux "Voix du Darfour". Puis l'ASCAP - la Sacem américaine - rend hommage à son tout premier tube, The First Cut is the Deepest, et le nomme parolier de l'année en 2005.

De quoi encourager l'artiste à sortir un nouvel album de pop folk, sous son nom musulman et auprès d'un grand label, Atlantic Records. "An Other Cup" (2006) est salué des critiques ; Yusuf Islam est enfin accepté. Aussi revient-il en 2009 avec "Roadsinger" et une grande tournée à travers l'Europe. Après une chanson, My People, écrite en l'honneur du Printemps arabe en 2011, et une comédie musicale, Moonshadow, lancée en 2012 en Australie, l'auteur-compositeur publie un dernier album, "Tell 'Em I'm Gone" en 2014. Alors qu'il est introduit cette année-là au fameux Rock & Roll Hall of Fame, il entame sa première tournée américaine depuis 1976.

Celui qu'on a depuis l'habitude d'appeler par ses deux noms, Yusuf/Cat Stevens, diffuse un nouveau titre en 2016 : inspiré d'une visite dans les camps turcs de réfugiés syriens, He Was Alone fait partie d'une nouvelle campagne caritative intitulée "#YouAreNotAlone" de son association Small Kindness. Quelques mois plus tard, le chanteur annonce une tournée événement aux États-Unis et au Royaume-Uni, A Cat's Attic Tour, organisée pour le cinquantième anniversaire de son premier single, I Love My Dog. Comme à son habitude, l'artiste philanthrope reversera une partie des recettes à l'Unicef et à l'International Rescue Committee pour soutenir les enfants affectés par la crise migratoire syrienne.

Discographie :

Sous le nom de Yusuf :

2014 : Tell 'Em I'm Gone
2009 : Roadsinger
2006 : An Other Cup

Sous le nom de Yusuf Islam (albums religieux) :

2014 : The Story of Adam and Creation
2008 : I Look, I See 2
2006 : Footsteps in the Light
2004 : Night of Remembrance
2003 : I Look I See
2002, In Praise of the Last Prophet
2001 : Bismillah
2000 : A Is for Allah
1999 : Prayers of the Last Prophet
1998 : I Have No Cannons that Roar
1995 : The Life of the Last Prophet

Sous le nom de Cat Stevens :

1978 : Back to Earth
1977 : Izitso
1975 : Numbers
1974 : Buddha and the Chocolate Box
1973 : Foreigner
1972 : Catch Bull at Four
1971 : Teaser and the Firecat
1970 : Tea for the Tillerman
1970 : Mona Bone Jakon
1967 : New Masters
1967 : Matthew and Son

Récompense :

2014 : Rock & Roll Hall of Fame

Ses dernières news

Toutes ses news
Décès de Peter Green : 3 choses à savoir sur le guitariste de Fleetwood Mac
Antoine Zirimis
27 juillet 2020

Décès de Peter Green : 3 choses à savoir sur ...

27 juillet 2020
article
Les femmes de la semaines du 12 au 18 janvier 2019
Marine Cournede
18 janvier 2019

Les femmes de la semaines du 12 au 18 janvier 2019

18 janvier 2019
diaporama
10 artistes qui ont joué avec leur identité
Fabien Gallet
19 septembre 2018

10 artistes qui ont joué avec leur identité

19 septembre 2018
diaporama

Vos réactions doivent respecter nos CGU.