Fela Kuti

Fela Kuti©Getty Images, Leni Sinclair/Michael Ochs Archives
Fela Ransonme-Kuti, de son nom originel, naît le 15 octobre 1938 à Abeokuta, capitale de l'État d'Ogon au Nigeria. Son père, le révérend Ransome-Kuti, est un pasteur protestant. Sa mère, Funmilayo, est une activiste politique féministe. Aussi le petit grandit-il parmi les élites pro-indépendantistes, mais également au son de la musique. Enfant, il apprend le piano comme son père, joue des percussions et chante à la tête de la chorale de son école. Un apprentissage musical qu'il souhaitera poursuivre le temps venu de faire ses études supérieures : alors que ses parents l'envoient à ses 20 ans à Londres pour étudier, comme ses frères, la médecine, lui préfère s'inscrire au Trinity College Of Music. Il découvre alors la musique classique et des artistes de jazz américains légendaires comme Miles Davis et John Coltrane.

Empruntant à ce dernier son instrument fétiche, le saxophone, Fela Kuti fonde un premier groupe dénommé Koola Lobitos. Accompagné notamment d'un certain Tony Allen à la batterie, sa musique est fortement influencée par le jazz et le highlife, auxquels s'ajoutera un mélange de funk, de salsa, de calypso et autres sonorités africaines. C'est la création d'un nouveau genre, celui que le Nigérian appellera lui-même "afrobeat" en 1967, qui se caractérisera bientôt par des morceaux - parfois longs de vingt minutes - chargés de messages politiques virulents. Mais avant d'en arriver là, l'artiste doit effectuer un voyage qui sera pour lui une véritable révélation...

À la fin des années 1960, il effectue un séjour aux Etats-Unis, où il rencontre quelques activistes du mouvement Black Panther. Celui qui avouera qu'"être Africain ne voulait rien dire" pour lui jusque-là, précisant que les enfants à son époque n'avaient "pas le droit de parler (leurs) propres langues à l'école (...) comme si l'Anglais était la seule vraie langue", prend alors conscience non seulement de l'ampleur du néocolonialisme, mais aussi de l'importance d'un panafricanisme. Aussi change-t-il le nom de son groupe, qui devient Afrika 70, comme son deuxième prénom. Au lieu de son appelation "d'esclave", Ransome, il choisit le terme Anikulapo qui signifie "celui qui tient la mort dans un sac", clamant haut et fort : "Je serai le maître de mon propre destin et je déciderai quand il sera temps pour la mort de s'emparer de moi."

De retour au Nigeria, il ouvre un club dénommé le Shrine. Peut-être comme un héritage de son père révérend, "shrine" signifiant "lieu saint" an Anglais, celui-ci prend parfois des airs de culte tant l'ambiance est électrique quand Fela Anikulapo Kuti entre en scène, vêtu aux couleurs locales si ce n'est torse nu, marqué par des traits de peinture indigènes sur le visage, pour se donner en concert la nuit durant et porter des messages révolutionnaires. Accompagné, toujours, d'une large troupe de musiciens, chanteuses, danseuses et autres disciples, il forme ce qu'il appelle la Kalakuta Republic, sur laquelle il règne en grand manitou de la musique mais aussi en bienfaiteur des opprimés. Déjà vu d'un mauvais oeil par les élites, qui ne manquent pas de juger son mode de vie et notamment sa consommation de stupéfiants, celui qui souhaite rejeter publiquement les valeur chrétiennes occidentales en choque plus d'un lorsqu'il choisit la polygamie : déjà marié à Remi depuis son séjour en Angleterre, il épouse en 1978 vingt-sept autres femmes. D'un coup. Mais finira toutefois par toutes les divorcer huit ans plus tard...

Pour ses nombreuses provocations et critiques portées dans des chansons comme Zombie, qui se moque de l'obéissance absurde des soldats, celui qui se fait le représentant du peuple laissé pour compte est régulièrement pris pour cible par le gouvernement militaire du Nigeria. Le féroce opposant au régime dérange, aussi est-il est souvent tabassé et arrêté par les forces de l'ordre. En tout et pour tout, Fela Kuti finira quelque 200 fois derrière les barreaux au ...
cours de sa vie, bien que sur des motifs prétextes qui ne permettent généralement pas de l'emprisonner bien longuement - comme ce cas de possession de drogues qui lui inspirera la chanson Expensive Shit en 1975. Reste que la répression est incessante et parfois très violente.

Plusieurs fois, lui et son entourage frôlent la mort. Notamment un 18 février 1977... Excédé par les paroles d'insurrection de l'artiste, qui résonnent par ailleurs dans toute l'Afrique, le Général Obasanjo - arrivé au pouvoir par coup d'État - ordonne la mise à feu et à sang de Kalakuta. Parmi les nombreuses violences perpétrées ce jour-là par un millier de soldats : la défenestration de la mère de l'artiste, qui entraîne sa mort à 82 ans. Plus outrés qu'intimidés, Fela Kuti et ses partisans déposent son cercueil devant les grilles du gouvernement militaire. Une image que l'on retrouve trois ans plus tard sur la jaquette de l'album intitulé "Coffin For Head of State" ("Un cercueil à la tête de l'Etat"), alors que le génie de l'afrobeat s'est lui-même présenté à la présidentielle en 1979 via son parti Movement of the People (dont l'acronyme, MOP, signifie en Anglais "serpillière"...).

Celui que l'on surnomme "Black President" ne sera jamais élu, et au contraire continuera de subir les sanctions du régime. Il s'attire notamment de nouveaux ennuis quelques années plus tard en critiquant ouvertement le président Muhammadu Buhari - lui aussi arrivé au pouvoir par coup d'État. Aussi entame-t-il en 1986 sa plus longue incarcération : il ne sera libéré qu'après dix-huit mois grâce aux efforts d'Amnesty International - et à l'occasion d'un nouveau coup d'État - s'empressant alors d'écrire une nouvelle chanson, Beasts of No Nation, dans laquelle il compare celui qui l'a fait emprisonné à un animal... Après quoi Fela Kuti met le cap sur l'Occident. Aux États-Unis, il joue une série de concerts organisés par l'organisation de défense des droits de l'Homme, aux côtés d'artistes aussi célèbres que U2, Sting, Peter Gabriel ou encore Lou Reed. De passage en France, il participe notamment à la Fête de l'Humanité, puis rentre au Nigeria.

Finalement abattu par ses combats, ses excès, et surtout accablé par le sida, le chanteur passe le reste de sa vie au calme, s'accordant toutefois encore quelques concerts au Shrine. Le 2 août 1997, il meurt d'une complication de la maladie, à 58 ans, laissant derrière lui sept enfants. Deux d'entre eux vont reprendre le flambeau et bientôt faire revivre son riche héritage musical : Seun reprend la tête de son groupe, depuis renommé Egypt 80, et Femi devient cet artiste mondialement reconnu grâce à des tubes comme Beng Beng Beng. C'est par ailleurs grâce à une comédie musicale triomphale, Fela!, produite sur Broadway par Jay-Z, Will et Jada Pinkett Smith, que les nouvelles générations découvrent Fela Anikupalo Kuti. Cette légende de l'afrobeat, qui aura définitivement marqué l'Histoire de la musique et même celle de l'Afrique.

Discographie :

1992 : Underground System
1989 : O.D.O.O.
1989 : Beasts of No Nation
1986 : Teacher Don't Teach Me Nonsense
1984 : Army Arrangement
1980 : Coffin For Head Of State
1980 : Original Sufferhead
1980 : Authority Stealing
1980 : Music Of Many Colors
1979 : Unknown Soldier
1979 : International Thief Thief
1978 : Shuffering and Shmiling
1977 : Opposite People
1977 : Zombie
1977 : Fear Not For Man
1977 : No Agreement
1977 : Stalemate
1977 : JJD (Johnny Just Drop)
1977 : Sorrow Tears and Blood
1976 : Unnecessary Begging
1976 : Upside Down
1976 : Ikoyi Blindness
1976 : Yellow Fever
1976 : Kalakuta Show
1976 : Na Poi
1975 : Everything Scatter
1975 : He Miss Road
1975 : Expensive Shit
1975 : Noise For Vendor Mouth
1975 : Excuse O
1975 : Monkey Banana
1974 : Confusion
1973 : Alagbon Close
1973 : Gentleman
1973 : Afrodisiac
1972 : Shakara
1972 : Roforofo Fight
1971 : Open & Close
1971 : London Scene
1971 : Why Black Man Dey Suffer
1969 : The '69 LA Sessions

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