Grandmaster Flash

Grandmaster Flash©Getty Images, Andy Sheppard

Avant, être DJ c'était simplement prendre un vinyle, délicatement par ses extrémités, le poser sur la platine et le laisser tourner. Mais au début des années 1970, un génie d'électronique fasciné par ces tourne-disques se met à expérimenter avec les 33 tours. Il les marque de coups de crayon - des traits qui lui servent de repères - et n'hésite pas à poser ses doigts sur toute leur surface.

Installé, le casque sur une oreille, derrière un montage de deux platines et une table de mixage qu'il a lui-même bidouillé, le jeune prodige introduit un nouveau son dans le Bronx : il mélange les genres, ne garde que les passages culminant de la musique pour en créer une toute autre, plus punchy, passant d'un disque à l'autre avec une telle dextérité et rapidité qu'on le surnomme bientôt "Flash".

S'il n'est pas le premier à faire du scratch, il développe la technique pour la transporter à un tout autre niveau, et l'accompagne d'autres fruits de sa création comme le "backspin" (qui consiste à envoyer subitement l'un des disques en arrière pour introduire l'autre), le "cutting" (couper le son avec un crossfader), ou le "phasing" (jouer sur la vitesse de lecture de la platine). Alors que DJ Kool Herc a déjà importé le sound system de sa Jamaïque natale, Flash devient vite un phénomène dans les block parties qui se développent alors dans le Bronx, véritable foyer du hip-hop.

Influencé autant par des classiques comme Louis Armstrong, Ella Fitzgerald ou Miles Davis qu'écoutait son père, que par les tubes de Michael Jackson, James Brown ou même Tito Puente qu'affectionnait sa soeur, celui que l'on adoube du titre de "Grandmaster" apporte une autre révolution sur la scène des DJs. Pour chauffer l'audience lorsque lui-même est trop concentré sur ses platines, il invite des MCs, "Master of Ceremonies", pour poser des textes sur ses beats. C'est ainsi que naît, à la fin des années 1970, l'un des premiers groupes de rap : Grandmaster Flash and the Furious Five, avec Melvin Glover dit "Melle Mel", Keith Wiggins dit "Cowboy", Nathaniel Glover dit "The Kid Creole", Eddie Morris dit "Scorpio", et Guy Williams dit "Rahiem".

Les six trublions de la musique ne tardent pas à se faire une réputation, tant pour leurs tenues en cuir que pour leurs chorégraphies scéniques - le DJ se démarque pour sa part en faisant plein de tours de passe-passe avec ses vinyles -, mais aussi pour leurs prouesses verbales et une ambiance des plus festives. Alors que se mettent en place les premiers battles, Grandmaster Flash and the Furious Five sont la véritable sensation de la scène new-yorkaise underground, à qui l'on attribue (et plus particulièrement au MC Cowboy) des formules entraînantes aussi courantes que "Clap your hands to the beat!", "Everybody say: ho!", et "Throw your hands in the air and wave 'em like you just don't care!".

Signés sur le label Enjoy, le groupe publie son premier single en 1976, "Super Rappin'", suivi de "We Rap Mellow" et "Flash to the Beat". Les titres sont très appréciés des amateurs de ce genre nouveau, mais passent autrement inaperçus, le hip-hop de manière générale n'ayant pas encore atteint le courant mainstream. C'est lorsqu'ils changent de label pour rejoindre Sugarhill, et qu'ils entament la première tournée majeure dans l'Histoire du rap, que Grandmaster Flash and the Furious Five rencontrent finalement le succès commercial avec "Freedom", un morceau long de huit minutes qui s'invite dans les charts R&B.

Ce sera le premier ... de dix autres singles à apparaître au classement entre 1980 et 1983, dont les tubes phénoménaux "Grandmaster Flash on the Wheels of Steel" et "The Message", lequel serait selon le magazine Rolling Stone "le premier titre à prouver que le rap peut devenir la voix, et le choix, des quartiers défavorisés". Cette pépite de réalité urbaine s'écoule à un demi-million de copies en un mois, et est même considérée par nombreux critiques comme le meilleur single de l'année 1982.

Après avoir révolutionné l'industrie musicale, enregistrant pour la première fois un album entièrement constitué de samples, et faisant ainsi des platines un instrument à part entière, Grandmaster Flash and the Furious Five se séparent en 1984 en raison de désaccords avec leur label. Le DJ s'essaie alors à une carrière solo, diffusant dès l'année suivante "They Said it Couldn't be Done". Mais si ce n'est pour les titres "Alternate Groove" et "Larry's Dance Theme", les critiques n'apprécient guère la tendance plus pop que prend le reste de l'album. Le suivant, "The Source" sorti en 1986, ne se démarque également que pour deux pistes, "Style" et "Fastest Man Alive", où l'on reconnaît bien le talent du Grandmaster sur les platines.

Alors qu'il publie son troisième opus, "Ba-Dop-Boom-Bang", le DJ retrouve les Furious Five le temps d'un concert de charité organisé par Paul Simon (Simon & Garfunkel) en 1987. Une réunion qui se transforme en occasion de donner suite à "The Message" (1982) avec "On the Strength" (1988), lequel raconte notamment les origines du mouvement avec "Back in the Old Days of Hip-Hop". Grandmaster Flash disparaît ensuite des studios pendant dix ans, ne réapparaissant qu'avec "Flash is Back" (1998). Mais il reste tout le long des années 1990 une véritable icône, participant à divers projets comme l'album solo de Terminator X (Public Enemy) ou l'émission à succès The Chris Rock Show.

Il publie ensuite en 2002 un "Essential Mix Classic Collection" ainsi que "The Official Adventures of Grandmaster Flash", un recueil musical qui retrace son parcours à l'aide d'extraits enregistrés à l'époque des block parties et autres photos vintage. Mais il faudra encore attendre 2009 avant de le retrouver dans les bacs avec un nouvel album studio : "The Bridge (Concept of a Culture)", pour lequel il invite des MCs de choix comme Busta Rhymes, Snoop Dogg, et un autre Grandmaster dénommé Caz, qui a également surgit dans le Bronx à la fin des années 1970.

Alors qu'il laissait entendre en 2011 qu'il travaillait sur un nouvel album, Flash continue d'apparaître sur scène, à plus de cinquante ans, pour divers événements autour du globe et a même lancé une nouvelle tournée mondiale en 2016. Cette année-là, il est également associé à la série Netflix créée par Baz Luhrmann sur les origines du hip-hop, "The Get Down", dans laquelle on retrouve son personnage interprété par Mamadou Athie. Le réalisateur australien suit en effet de près les conseils de ce véritable pionnier qui fut, avec ses acolytes de Grandmaster Flash and the Furious Five, le premier groupe de hip-hop à intégrer le Rock and Roll Hall of Fame en 2007. Encore une autre manière pour le DJ émérite d'entrer définitivement dans la légende.

Discographie :

Grandmaster Flash and The Furious Five :

1988 : On the Strength
1982 : The Message

Grandmaster Flash :

2009 : The Bridge (Concept of a Culture)
1998 : Flash is Back
1987 : Ba-Dop-Boom-Bang
1986 : The Source
1985 : They Said It Couldn't Be Done

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