Salif Keita

Salif Keita©Abaca, PAP/Maciej Kulczynski POLAND OUT

"Je suis un noir / Ma peau est blanche / Et moi j'aime bien ça. (...) Je suis un blanc / Mon sang est noir / Et moi j'adore ça". Les paroles de La Différence, morceau issu de son album du même nom sorti en 2009, rappelle la particularité physique du chanteur, qui n'a pas toujours clamé haut et fort son albinisme. Bébé blanc né de parents noirs, Salifou fait tâche dans cette société mandingue qui lui prête des pouvoirs maléfiques, considérant l'albinisme comme un mauvais présage. Son père hésitera même à les répudier, lui et sa mère, sa différence étant difficilement acceptable pour ce descendant du fondateur de l'Empire au XIIIe siècle.

Sur les bancs de l'école, même chose, les enfants ne comprennent pas - et ne veulent pas comprendre - cette particularité génétique héréditaire affectant la pigmentation de la peau. L'enfance de Salif n'est donc pas une partie de plaisir, bercé entre les railleries de ses camarades de classe et un père qui ne lui adressera pas la parole pendant de longues années. Solitaire et mal-aimé, le jeune Malien va trouver refuge dans les études. Étudiant brillant, il se rêve instituteur mais sa vue déficiente fait de lui un candidat inapte à cette profession. Nouveau coup dur pour Salifou, qui va alors s'adonner jour et nuit à la musique, qui l'a jusqu'ici accompagné dans les bons comme les mauvais moments.

Fasciné par la musique, qu'il découvre en écoutant les griots, sorte de poètes-chanteurs-conteurs récitant les épopées familiales et royales dans la pure tradition orale africaine, il travaille sa voix dans les champs cultivés par son père. Agriculteur, ce père tyrannique l'envoie en effet régulièrement sur les terrains, où il crie et vocifère après les singes et oiseaux pilleurs de maïs. Jusqu'à ce qu'il prenne son destin en main, enfreignant les règles du Mali, en quittant le foyer familial pour rejoindre Bamako en 1967. Là-bas, il pourra exister en tant que Salif Keïta, chanteur malien, ce statut étant uniquement réservé au Mali aux griots, caste de musiciens de père en fils.

Dans les cafés, sur les places de marché, Salif Keïta hausse sa voix claire et puissante au côté de l'un de ses frères. Repéré un beau matin par le saxophoniste Tidiane Koné, ce dernier lui fait rejoindre son groupe en 1969, le Rail Band, célèbre à Bamako pour animer les soirées de l'hôtel-restaurant de la gare. Le chanteur trouve vite sa place dans ce répertoire de mélodies traditionnelles interprétées de façon moderne et tisse des liens avec les autres membres, dont le guitariste guinéen Kanté Manfila, qui devient son ami. Au côté de ce dernier, Keïta s'installe en 1973 au motel de Bamako avant de rejoindre Abidjan, ville musicalement plus active et techniquement mieux équipée. Ce nouveau départ est marqué par les Ambassadeurs Internationaux, une formation musicale qu'il cofonde et qui lui permet de fusionner la musique mandingue à d'autres influences (maliennes, cubaines, zaïroises...)

Devenu un orchestre malien populaire avec un premier album, Mandjou, les Ambassadeurs permet à l'artiste de recevoir en 1977 la prestigieuse médaille de l'Ordre National de Guinée des mains du président Ahmed Sekou Touré. Trois ans plus tard, il enregistre avec Manfila deux disques, Primpin et Tounkan, lors de son court passage de trois mois aux Etats-Unis. Il n'y a d'ailleurs pas qu'outre-Atlantique que la musique du malien va plaire, la France ne tardant pas à l'adopter dès 1984 et sa participation au Festival des Musiques Métisses d'Angoulême, qui fait de lui un étendard de la musique africaine. Il s'installera d'ailleurs à Montreuil, en banlieue parisienne, au vu de sa renommée dans l'Hexagone.

C'est donc tout naturellement qu'il sort tardivement en 1984 son premier album, "Soro", en France. Produit par le jeune sénégalais Ibrahim Sylla, pape de la diaspora musicale africaine, et arrangé par les Français François Bréant et Jean-Philippe Rykiel, il y chante malinké, cette langue parlée au Mali, en Côte d'Ivoire, au Sénégal et en Guinée. Le succès est international. Même chose pour son deuxième opus, "Ko-Yan" ("Quelque chose se passe ici"), plus orienté jazz et évoquant de front les problèmes d'immigration, qui sort dans les bacs en 1989, soit un an après sa participation à la bande originale du film "Yeelen", réalisé par le Malien Souleymane Cissé.

La star de la musique malienne signe un troisième ... acte français avec l'album "Amen" (1991), dirigé artistiquement par le pianiste de jazz américain Joe Zawinul. D'autres noms prestigieux s'affichent sur cet album coloré, de Carlos Santana au saxophoniste Wayne Shorter. Cette année-là, Salif Keïta foule pour la première fois la scène de l'Olympia, avant de s'adonner deux ans plus tard à une nouvelle bande originale ("L'Enfant lion", de Patrick Grandperret) et un album marquant son retour à la tradition ("Folon"). Produit en 1995 par le béninois Wally Badarou, le disque est arrangé par le maître d'oeuvre de "Soro", Jean-Philippe Rykiel. On y retrouve des thèmes chers à l'artiste comme son attachement à son continent ("Africa"), un hommage à Nelson Mandela ainsi qu'aux albinos.

Habituellement édité par le label Island Records, ce dernier va décliner son album suivant, "Sosie" (1998), trop à l'opposé de ce que Keïta a eu l'habitude de livrer à son public. Le projet est pour le moins singulier puisque composé uniquement de reprises de chanteur à textes français, de Maxime Le Forestier à Serge Gainsbourg , en passant par Michel Berger et Jacques Higelin. Interprété avec des instruments peu connus (le balafon et la kora), il trouve preneur au Danemark avec le label Night & Day.

Suivra l'album "Papa" (1999), édité sur le label Capitol Records deux ans après la mort de son père à qui il rend hommage ici. Résolument tourné vers le rock, le disque est produit par le guitariste de Linving Colour, Vernon Reid et inclus un duo décapant avec Grace Jones. Enregistré entre Bamako, New York et Paris, le titre éponyme de l'album sera repris sur la bande originale du film "Ali" de Michael Mann, avec Will Smith dans la peau du légendaire boxeur.

La décennie suivante marque son premier disque d'or en France avec l'album "Moffou", sorti en 2002. Ce nom fait d'abord référence au studio et au club dont Keïta est propriétaire, mais aussi à l'instrument, sorte de flûte percée d'un seul trou dont il se servait enfant. Plus dépouillé que le précédent opus, avec ses mélodies acoustiques et son ambiance apaisante, il se vend à plus de 100 000 exemplaires en France et 150 000 à l'international, prouvant que le Malien n'a rien perdu de sa superbe. Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, les Nations Unies le nomment deux ans plus tard Ambassadeur pour le Sport et la Musique. Une belle victoire pour l'artiste militant, célèbre autant pour sa musique que pour ses gestes caritatifs.

Rentré vivre au Mali, il organise à Bamako en novembre 2004 une journée de réflexion sur le thème "Le développement du secteur musical africain et son impact sur la lutte contre la pauvreté, le Sida et les autres pandémies du continent", avant de participer en qualité de parrain au festival Africa Fête de Dakar, qui sensibilise aux problématiques de production phonographique et de piraterie en Afrique. Il s'est également présenté aux élections législatives maliennes en 2007 avec comme leitmotiv de campagne la fin de la corruption. Également très engagé pour la cause des albinos, il a créé en 1990 l'association SOS Albinos et en 2001 la fondation Salif Keita pour les albinos.

Depuis, ce père de onze enfants surnommé le Domingo de la chanson africaine en référence à son homonyme footballeur, a sorti trois albums : l'acoustique et métissé "M'Bemba" (2005), enregistré dans son studio Wanda et dans lequel il évoque l'histoire du Mali et ses origines princières, l'oriental "La Différence" (2010), lauréat d'une victoire de la musique du Meilleur album de musiques du monde et "Talé" (2012). Dernier album en date, avec "Talé" Keïta expérimente des mariages sur le papier improbables - les rythmes africains et l'électro - mais qui s'avère percutant à l'écoute. Encore une collaboration de choix pour le Malien, qui s'est accompagné ici de Philippe Cohen-Solel de Gotan Project.

Dans ses dernières déclarations, l'artiste confie vouloir arrêter la musique pour devenir agriculteur comme son père. Il aurait acheté des terres pour les cultiver au Mali.

Discographie :

2012 : Talé
2009 : La Différence
2005 : M'Bemba
2002 : Moffou
1999 : Papa
1998 : Sosie
1997 : Seydou Bathili
1995 : Folon
1993 : L'Enfant lion (Bande originale)
1991 : Amen
1989 : Ko-Yan
1988 : Yeelen (Bande originale)
1987 : Soro

Récompense :

2010 : Victoire de la musique du Meilleur album de musiques du monde pour "La Différence"

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