The Brian Jonestown Massacre

The Brian Jonestown Massacre©Getty Images, David Wolff - Patrick

Sur le choix du nom de son groupe, Anton Newcombe plaisante lors d'une interview auprès du Guardian : "En fait, mon premier choix était Blur. Mais j'ai ouvert le magazine NME et il y avait déjà ce groupe, Blur, qui sortait un single." En réalité, The Brian Jonestown Massacre naît d'un choix particulièrement judicieux étant, à l'image de nombreuses de ses chansons, la fusion de deux références distinctes évidentes. La première est un hommage au célèbre cofondateur des Rolling Stones, Brian Jones, disparu comme tant d'autres à 27 ans en 1969. La seconde est une autre tragédie, celle du suicide collectif lié à un culte religieux qui a fait 918 morts à Jonestown, Guyana, en 1978.

Aussi annonce-t-il déjà la couleur : un univers rock alternatif et psychédélique qui n'est pas sans rappeler l'âge d'or musical des sixties, nourri aux psychotropes. Le matériel de BJM, comme on l'appelle communément, ne tarde d'ailleurs pas à en témoigner. La toute première production du groupe, "Spacegirl and Other Favorites" (1993), est enregistrée avec les moyens du bord sur un traditionnel vinyle, tiré à seulement 500 exemplaires. Et le titre de son premier (vrai) album, "Methodrone" (1995), est encore un mot-valise combinant les termes "drone" et "méthadone", une drogue utilisée comme substitut à l'héroïne...

Alors qu'il passe encore largement inaperçu, The Brian Jonestown Massacre met les bouchées double en 1996, produisant pas moins de trois albums : "Their Satanic Majesties' Second Request", en clin d'oeil encore aux Rolling Stones, "Take It From the Man!", dont le titre Straight Up and Down sera repris quelque treize ans plus tard pour le générique de la série HBO "Boardwalk Empire", et enfin "Thank God for Mental Illness". Avec ceux-ci le groupe, et particulièrement Anton Newcombe, gagnent l'estime des critiques. Mais si l'on crie dans la presse au génie musical, c'est une toute autre histoire qui se déroule sur scène...

Le public des BJM est, à l'époque, majoritairement fasciné par le gène destructeur de son leader. Connu pour ses excès, de consommation mais aussi de violence, il parvient en effet à remplir des salles de curieux qui cherchent à le voir se battre avec ses musiciens voire quelques spectateurs. Certains diront que le virtuose aura tout fait pour faire sombrer son groupe et ainsi rebuter les grandes maisons de disque. Autonome visionnaire, il est vrai, Anton Newcombe ne semble en tout cas aucunement prédisposé à suivre la voie de son confrère Courtney Taylor, le leader des Dandy Warhols avec qui il noue un lien musical houleux de "je t'aime, moi non plus" au milieu des années 1990.

Le parcours parallèle des deux groupes est d'ailleurs dépeint dans "Dig!", documentaire signé Ondi Timoner compilant sept années passées à leurs côtés, caméra en ... main. Diffusé en 2004, et primé au Festival de Sundance, il montre l'ascension des uns - les Dandy Warhols et Courtney Taylor - contre la descente aux enfers des autres - The Brian Jonestown Massacre et Anton Newcombe. Héros malgré lui du film, ce dernier est représenté comme un véritable génie créatif, peut-être même le meilleur des deux hommes, qui souffre néanmoins de sérieux problèmes d'addiction... Et surtout d'un ego démesuré le poussant à être tyrannique auprès des autres musiciens du groupe, dont le membre fondateur Matt Hollywood, qui claque la porte en 1998 après une bagarre sur scène.

L'événement, parmi nombreux autres peu flatteurs, est montré dans "Dig!" Reste que, malgré la colère d'Anton Newcombe, qui dénonce un montage fait pour le caricaturer, le documentaire relance les Brian Jonestown Massacre sur les devants de la scène rock dans les années 2000. Plus convoités que jamais, ceux qui ont continué d'enregistrer un nouvel opus presque chaque année voient en effet les ventes s'envoler et les invitations défiler pour tous les grands festivals américains et européens.

Débarrassé de son addiction aux drogues à l'aube du nouveau millénaire, puis à l'alcool encore une décennie plus tard, Anton Newcombe a depuis produit de grands succès critiques, de "My Bloody Underground" (2008) - qui montre encore son affection pour la fusion de références musicales, en l'occurrence My Bloody Valentine et The Velvet Underground - à "Revelation" (2014). En 2015 il signe, toujours au sein de The Brian Jonestown Massacre, dont la formation n'a cessé d'évoluer et qui voit ressurgir Matt Hollywood quelque onze années après son départ, deux projets toujours plus surprenants. D'abord "Musique de Film Imaginé" qui, comme son nom l'indique, est la bande originale d'un film imaginé en hommage aux réalisateurs de la Nouvelle Vague, réalisé en collaboration avec Soko et Asia Argento. Puis "Mini Album Thingy Wingy" qui, également comme son nom l'indique, est un album court de tout juste une trentaine de minutes.

Le public attend, d'ici fin octobre 2016, la sortie d'un nouvel opus. "Third World Pyramid" sera alors le seizième du groupe californien, véritable survivant devenu, contre toute attente, un pilier de la scène rock américaine.

Discographie :

2016 : Third World Pyramid
2015 : Mini Album Thingy Wingy
2015 : Musique de Film Imaginé
2014 : Revelation
2012 : Aufheben
2010 : Who Killed Sgt. Pepper ?
2008 : My Bloody Underground
2003 : ... And This Is Our Music
2001 : Bravery, Repetition and Noise
1998 : Strung Out in Heaven
1997 : Give it Back !
1996 : Thank God for Mental Illness
1996 : Take It From the Man !
1996 : Their Satanic Majesties' Second Request
1995 : Methodrone
1995 : Spacegirl and Other Favorites

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