The Notorious B.I.G.

©Getty Images, New York Daily News Archive
Élevé seul par sa mère, Christopher Wallace, de son vrai nom, grandit dans le quartier chaud de Bedford-Stuyvesant à Brooklyn. Enfant timide, moqué pour son poids - ses camarades de classe l'appellent déjà "Big" -, il apprend à s'endurcir adolescent, à l'école de la rue. Entouré de dealers et de toxicos depuis tout petit, il finit en effet par décrocher du cursus scolaire pour rejoindre le milieu de la drogue à 17 ans. Le jeune homme n'atteint alors pas l'âge adulte qu'il est déjà arrêté pour vente de crack lors d'un trajet en Caroline du Nord, où il passe neuf mois derrière les barreaux.

Lorsqu'il retrouve une liberté sous caution, celui qui se fait appeler Biggie Smalls en référence directe à sa large corpulence - 1,91 mètre pour près de 180 kilos à sa mort - commence à enregistrer quelques démos. Une de ses cassettes atterrit dans les mains d'un DJ dénommé Mister Cee, qui la présente au magazine The Source. Le rappeur en herbe se retrouve alors dans les pages du titre hip-hop réputé, attisant la curiosité d'un certain Sean "Puffy" Combs. Le jeune producteur le prend sous son aile, au sein d'Uptown Records d'abord, puis en tant que star naissante de son propre label Bad Boy Entertainment en 1993.

Officiellement renommé The Notorious B.I.G., le futur talent apparaît dès lors sur des remix de Mary J. Blige, Real Love et What's the 441?, puis diffuse son premier single, Party and Bullshit, dans le cadre de la bande originale du film "Who's the Man?" de Ted Demme. L'année suivante, il débarque dans les bacs avec "Ready to Die" - sombre titre prémonitoire ("Prêt à mourir") pour le premier et dernier album diffusé de son vivant. Le dealer devenu rappeur entre alors en trombes dans le milieu du hip-hop, d'emblée reconnu pour sa maîtrise de la rime comme pour son portrait de la violence urbaine, empreint d'un réalisme tel qu'il gagne immédiatement en crédibilité.

Porté par des hits comme Juicy et Big Poppa, le premier opus de Notorious B.I.G. est vite certifié disque de platine et propulse le jeune homme de 22 ans au rang des stars du hip-hop américain. Ce dernier multiplie d'ailleurs les projets collaboratifs en 1995, auprès d'amis de son quartier de Brooklyn regroupés dans le collectif Junior M.A.F.I.A., ou en featuring avec Michael Jackson sur This Time Around. Le protégé de Sean "Puffy" Combs devient ainsi le plus grand succès que le rap East Coast ait produit depuis l'arrivée du G-Funk de Dr. Dre, qui faisait jusque-là régner la West Coast en maître du genre.

Mais avec la notoriété vient les problèmes - "Mo Money Mo Problems" ("Plus d'argent, plus de problèmes"), dira-t-il lui même sur ce fameux titre posthume. Persuadé qu'on le méprise pour sa nouvelle fortune, Notorious B.I.G. vit dans la peur "de se faire éclater la cervelle", confesse-t-il auprès du Chicago Tribune. À tel point qu'il quitte son Brooklyn natal pour le plus tranquille New Jersey. Et devient quelque peu agressif... Le rappeur se fait en effet vite une réputation pour ses démêlés avec la justice quant à quelques actes de violence. Comme le passage à tabac d'un promoteur après une dispute financière liée à l'annulation de l'un de ses concerts. Ou l'accueil de fans, quelque peu harceleurs, certes, avec une batte de base-ball... Mais s'il est bien un épisode qui aura fait couler de l'encre, c'est sans conteste celui de sa rivalité légendaire avec son confrère Tupac Shakur.

Les deux rappeurs, pourtant un temps amis, sombrent vite dans une dispute d'ego qui va bientôt dégénérer pour finir de la façon la plus tragique possible. Les hostilités commencent avec celui que l'on nomme 2Pac, qui après être ressorti vivant d'une fusillade menée contre lui à la sortie d'un studio new-yorkais en 1994, accuse Notorious B.I.G. et son producteur Sean Combs d'être les cerveaux derrière cette attaque préméditée. Les deux incriminés réfutent ardemment, mais la victime ne lâche pas le morceau. Derrière elle, tout le rap West Coast, représenté par son label Death Row. Dans l'autre camp, tout le rap East Coast, représenté par le label Bad Boy.

La guerre - musicale - menée d'un bout à l'autre des États-Unis atteint une apogée en 1996 lorsque Tupac Shakur revient à la charge dans son single Hit 'Em Up : dans ses termes les plus crus, il abat toute sa haine contre le rap de la côte Est et tout particulièrement Notorious B.I.G., qu'il provoque directement en arguant qu'il aurait couché avec sa femme, la chanteuse R&B Faith Evans. Le 13 septembre de cette même ...
année, 2Pac, rappeur emblématique de la côte Ouest tombe sous les coups de feu tirés d'une voiture en marche à Las Vegas. Autant dire que la rumeur de l'implication de son ennemi juré court vite, d'autant plus que ce dernier est l'un des seuls de la scène hip-hop à ne pas se rendre au sommet anti-violence, tenu à Harlem quelques semaines après ce meurtre tragique.

Déjà victime d'un accident de voiture, qui le fera marcher avec une canne durant les derniers mois de sa vie, Notorious B.I.G ne tarde pas à subir le même sort que son rival. Alors qu'il quitte une soirée organisée dans le cadre des onzièmes Soul Train Music Awards, le 9 mars 1997, le rappeur est à son tour criblé de balles venant d'une voiture qui surgit sur la droite de son SUV à un feu rouge de Los Angeles. Ce nouvel assassinat bouleverse l'industrie musicale, qui craint une guerre meurtrière infinie sur la scène hip-hop. Il n'en sera finalement rien ; cette nouvelle mort, au jeune âge de 24 ans, survenue tout juste six mois après celle de Tupac Shakur, qui n'en avait que 25, aura plutôt l'effet inverse de mettre un terme définitif à la rivalité East Coast/West Coast.

Le deuxième opus de Notorious B.I.G. sort à la date prévue, seulement quelques semaines après le décès de ce dernier. Symboliquement intitulé "Life After Death" ("La vie après la mort"), le double-album largement conçu pour faire concurrence au "All Eyez on Me" de 2Pac est un hit instantané, avec près de 700 000 exemplaires vendus dans sa première semaine dans les bacs et un mois complet passé en tête des charts outre-Atlantique. Les singles Hypnotize d'abord, puis Mo Money Mo Problems, grimpent même en première place du classement pop américain, faisant de leur auteur le premier artiste à produire deux numéro 1 à titre posthume. L'album est quant à lui nommé aux Grammy Awards et va jusqu'à être certifié dix fois disque de platine en 2000.

Le mentor de Notorious B.I.G., dorénavant appelé Puff Daddy, et sa femme Faith Evans signent entre-temps un hommage mémorable : I'll Be Missing You, sur un sample de la fameuse chanson du groupe The Police, Every Breath You Take, devient l'un des plus grands tubes de l'année 1997. Le producteur diffuse par ailleurs, deux ans plus tard, le troisième album de son protégé. Composé de matériel inédit, "Born Again" entre en pôle position des charts, jusqu'à être certifié double-platine. Un quatrième et dernier opus, "Duets: The Final Chapter", fait cette fois de brouillons du rappeur arrangés en duos avec différents guests, sortira enfin en 2005.

Les circonstances de la mort de Notorious B.I.G., et par la même occasion celle de Tupac Shakur, n'ont entre-temps jamais été officiellement résolues. Alors que les deux rappeurs sont devenus de véritables martyrs, quitte à parfois mettre en second plan leur contribution pourtant essentielle à la musique hip-hop, leur disparition n'a de cesse d'alimenter les controverses et autres théories du complot, exposées dans divers documentaires.

En 2002, "Biggie and Tupac" met en images les hypothèses avancées dans le livre "LAbyrinth", signé Randall Sullivan et basé sur le témoignage du détective Russell Poole. Ce dernier atteste que le dirigeant de Death Row Records, Suge Knight, ou du moins son entourage, aurait été impliqué dans les deux assassinats, avec même l'appui de policiers corrompus en ce qui concerne Notorious B.I.G.. Mais alors qu'un film adapté de "LAbyrinth" - avec Johnny Depp dans le rôle du-dit détective - est en cours de production en 2016, un autre inspecteur dénommé Greg Kading donne sa version des faits dans le livre et documentaire "Murder Rap", diffusé en 2015. Selon lui, le meurtre de Tupac Shakur, par un membre du gang Compton Crip, aurait été commandité par Sean "P. Diddy" Combs. Et celui de Notorious B.I.G., par un membre du gang Mob Piru Blood, aurait été réalisé sur la demande de Suge Knight.

Si elles incriminent ainsi de véritables magnats de l'industrie du disque, ces allégations resteront certainement sans suite. Quoiqu'il en soit, les deux rappeurs ont depuis longtemps acquis le statut de légendes. Reste que c'est sans doute du fait de leur disparition ambiguë qu'ils fascinent encore autant aujourd'hui. En témoignent les longs métrages qui leurs sont encore dédiés : "Notorious" (2009) réalisé par George Tillman Jr., et prochainement "All Eyez on Me" signé Benny Boom, consacré cette fois à Tupac Shakur, mais dans lequel on retrouvera inévitablement son éternel rival.

Discographie :

2005 : Duets : The Final Chapter
1999 : Born Again
1997 : Life After Death
1994 : Ready to Die

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